A PROPOS DU RETRAIT DES ARMES NUCLÉAIRES TACTIQUES EN EUROPE.

(Ce que les membres de l’OTAN disent sur ce sujet)

par SUSI SNYDER, WILBERT VAN DER ZEIJDEN, PAX CHRISTI HOLLANDE.
(Traduction de la rédaction).
L’impensable est devenu réalité, aujourd’hui la majorité des pays membres de l’OTAN sont favorables à un retrait total des armes nucléaires tactiques (ANT) américaines en Europe.
Pour comprendre cette formidable évolution, il convient de rappeler en guise d’introduction, les étapes successives du mouvement mondial vers “un monde délivré des armes nucléaires”:
- Janvier 2007, Henri Kissinger et ses collègues proposent comme objectif aux USA l’élimination totale des armes nucléaires, C’est le “global zéro”, qui concerne aussi l’OTAN.
- Octobre 2008, Ban Ki Moon, secrétaire général de l’ONU, propose un plan en cinq points:
• Activer toutes les parties du traité de non-prolifération
• Apporter des garanties pour les états non nucléaires
• Renforcer et mettre en route les accords de désarmement entre états nucléaires
• Aller vers une grande transparence des états nucléaires
• Prendre des mesures complémentaires contre les armes de destruction massive.
- Avril 2009, Le discours historique du président OBAMA à Prague adopte la vision de global zéro, “pour un monde sans armes nucléaires” et propose comme premier pas le traité avec la Russie, tout en indiquant que le chemin sera long.
- Septembre 2009, au sommet des 5 nations du conseil de sécurité, adoption à l’unanimité de la résolution UNSC 1887, qui donne pour le monde entier le même objectif qu’Obama fixait pour les USA, “un monde sans armes nucléaires”. En réponse les états signataires de la convention pour l’élimination des armes nucléaires, proposent le calendrier inclus dans la convention, comme traduction effective.
- Mai 2010, à la conférence de révision pour le TNP, l’Allemagne le 3 mai propose “une réduction significative des armes nucléaires, y compris les ANT ” avec pour la première fois, l’exigence du retrait des ANT de l’OTAN.
- Octobre 2010, à l’occasion de la ratification de “START III”, OBAMA propose une autre conférence avec les russes pour réduire le nombre des armes stratégiques et les ANT.
- Décembre 2010, le “NATO strategic concept” accepte l’objectif de global zéro, mais insiste sur la très longue durée du processus, et donc réaffirme en attendant “la base nucléaire de l’alliance atlantique” mais n’en fait plus “un enjeu vital”
- 2011, malgré l’opposition farouche de la France, soutenue par la Hongrie et la Lituanie, le débat pour le retrait des ANT d’Europe est lancé.
C’est dans ce contexte que nous avons interrogé patiemment et un à un tous les responsables des pays membres de l’OTAN, pour retraduire sans censure leur point de vue et pour essayer de comprendre les motivations des uns et des autres. Voici le résultat de nos démarches:
LE POINT DE VUE DES PAYS PARTISANS DU RETRAIT DES ANT
Armes tactiques

Armes Tactiques

Les partisans du retrait des ANT peuvent être regroupés dans un consensus instable de 14 pays clairement favorable au retrait. 10 autres pays dont la GRANDE BRETAGNE et les USA, n’ont pas d’objection à ce retrait, et un (l’Albanie), n’a pas d’opinion. Rappelons ici que seuls trois pays s’y opposent, France, Hongrie et Lituanie. Ce consensus mou s’articule autour de 6 idées:

1) LE ROLE DE L’EUROPE AU TRAVERS DE L’OTAN. Pour les 14 pays, l’Europe doit jouer un rôle dans l’élimination des armes nucléaires, et le retrait des ANT peut être un signal fort dans les négociations mondiales du désarmement.
2) LES ANT SONT REDONDANTES POUR LES UNS, OBSOLÈTES POUR LES AUTRES. L’objectif de stopper les armées conventionnelles soviétiques en utilisant les ANT en Allemagne de l’est et faire un rideau nucléaire pour bloquer l’avance des blindés russes, est sans signification aujourd’hui. Le parapluie atomique américain suffit pour les uns (d’où le concept de “redondance”), l’utilisation des ANT par bombardement aérien à l’heure des missiles est obsolète pour les autres. Pour les deux points de vue, la base de l’OTAN d’AVIANO en Italie, n’est qu’une survivance du passé.
3) LES ANT, BON SUJET D’ÉCHANGE AVEC LES RUSSES. Rappelons d’abord que la Russie a retiré il y a longtemps toutes les ANT disséminées dans les pays de l’est. Si l’OTAN suit cet exemple, il deviendra possible de demander aux russes, non plus le regroupement actuel de leur ANT sur leur territoire, mais le démantèlement de celles-ci.
4) LES ANT SONT UN FARDEAU QUI COUTE CHER. De plus leur modernisation et leur renouvellement n’a aucun sens puisque la technique est dépassée.
5) Les pays de l’est ont adhéré d’abord à l’OTAN uniquement pour avoir la “protection” des USA. Or, la présence des ANT sont un alibi pour les américains pour se désengager de l’Europe. De plus, le théâtre d’opération situé en Allemagne pourrait être la Pologne ou les Etats Baltes, ce qui n’est pas réjouissant pour certains.
6) LES BASES ACTUELLES DE L’OTAN NE SONT PAS SÉCURISÉES. La preuve, en avril 2010, des activistes belges sont entrés dans une base de l’OTAN, ils ont déambulé sans contraintes parmi les ANT, et ils l’ont prouvé par des vidéos. Cette absence de sécurité est durement ressentie par les pays qui hébergent ces bases.
Il faut indiquer enfin que les rebelles aux ANT ne représentent pas la vieille Europe face à la nouvelle (Allemagne et Pologne sont sur la même position). Il ne s’agit pas non plus des riverains de la Russie versus les pays lointains, L’Estonie, la Lettonie, la Norvège comme la Pologne sont pour le retrait, seule la Lituanie est contre), le clivage est donc uniquement idéologique.
POURQUOI TROIS PAYS SONT POUR LE STATUT QUO ET REFUSE LE RETRAIT DES ANT ?

Les explications peuvent être regroupées en 3 points principaux:
1) LA RECHERCHE D’UNE RÉCIPROCITÉ RUSSE. Rappelons ici qu’elle est très difficile à réclamer puisque la Russie a effectivement retiré la totalité de ses ANT des pays de l’est, alors que les USA ont maintenu les leurs à l’ouest, sous couvert de l’OTAN. C’est pourtant sur ce terrain que se situe par exemple, la Lituanie: Elle exige le démantèlement des ANT regroupées en Russie avant le simple retrait des ANT de l’OTAN vers les USA. Ce pays est isolé sur cette exigence, mais 17 pays sur 28 pensent possible un geste des russes en échange du retrait.
2) CONTRE “UN COUP DE CANIF” DANS L’ASSURANCE NUCLÉAIRE. C’est notamment le point de vue de la Hongrie (qui rejoint ainsi la France), car selon ce pays, tout geste, même mineur, comme le simple regroupement des ANT en Europe, est une remise en cause du parapluie atomique américain. Cette position n’est pas reprise par les autres membres de l’OTAN
MISSILE M513) LE PROBLÈME MAJEUR: LE REFUS CATÉGORIQUE DE LA FRANCE A TOUTE VELLÉITÉ DE RETRAIT DES ANT. La complication, et donc la difficulté principale, tient à la non participation de la France au “nuclear planning group” des 27 pays, pour cause “d’indépendance de sa force stratégique. Le seul lieu où la France exerce son veto est le haut commandement de l’OTAN, qui n’agit que par consensus. Pour 10 pays, l’intransigeance de la France est le seul obstacle réel au retrait des ANT. Dans les faits, c’est sur le contenu même de la vision d’un monde sans armes nucléaires que le président SARKOZY est le plus opposé. Contrairement au président OBAMA, il pense que l’étape actuelle n’est pas le désarmement atomique mais uniquement, au pire, l’époque pour en créer les conditions. Résultats:
- La France est contre le système de défense antimissile, en tout cas en Europe
- La France bloque toute intrusion dans le langage de l’OTAN du mot “désarmement nucléaire”
- La France est fermement opposée, comme la Hongrie, à toute remise en cause d’une *clause même marginale, du RAFALE“contrat d’assurance atomique pour la sécurité collective”. Même si la France reconnaît que les ANT sont une toute petite part du problème, le dogme de la dissuasion ne supporte aucune exception, il faut donc par tous les moyens résister à la pression de l’opinion publique dans les pays hôtes comme l’Allemagne. En clair, hors des armes nucléaires, point de salut en Europe. Même si techniquement la commission ad hoc de l’OTAN, peut décider le retrait, puisque la France n’y siège pas, la recherche d’un consensus et donc d’une unanimité, est la seule stratégie des autres pays. Car le dogme de la “cohésion de l’alliance” est partagé par tous.
LE STATUT QUO PEUT-IL ÊTRE ROMPU SANS CHANGEMENT POLITIQUE?
Au nom de IKV PAX CHRISTI HOLLANDE, nous proposons un scénario pratique en 3 actes pour un consensus en faveur du retrait des ANT.
ACTE I: La commission “nuclear planning group” (NPG) , donc en dehors de la France, mandate les USA pour de nouvelles discussions avec La RUSSIE sur un retrait complet des ANT d’Europe en demandant en retour un engagement pour une stratégie de défense et de désarmement atomique global, incluant l’OTAN. Ceci inclus une demande de transparence sur l’emplacement et l’état actuel des ANT en Russie, afin de rassurer les pays membres inquiets.
ACTE II: TOUS les ministres de la défense des nations représentées au sein de l’OTAN devront proposer une alternative crédible et acceptable par tous pour remplacer le déploiement des ANT. Cette proposition unanime prendrait place dans la future “revue des postures de l’OTAN sur la défense et la dissuasion”. Cette fois-ci, la France sera partie prenante et pourra inclure positivement son point de vue sur cette question. Ceci est une réponse à l’objection française contre: le retrait des ANT, sans aucune proposition de nouvelle alternative de “sécurité”.
ACTE III: Compte tenu de ce consensus, la commission “NPG” pourra rassurer la France sur ses capacités nucléaires indépendantes, qui resteront inchangées apres le retrait des ANT.
CONCLUSION:

Le retrait des ANT doit être un acte concret de désarmement atomique et surtout un pas de plus dans la construction difficile de la confiance entre la Russie et l’Europe. L’OTAN jouerait ainsi un rôle inhabituel dans l’esprit du TNP, et serait partie prenante de la directive du conseil de sécurité pour un monde sans armes nucléaires. Ce serait un petit pas sur cette voie, mais il pourrait contribuer à un nouveau climat de sécurité mutuelle, au travers de ce simple ajustement à la réalité nouvelle du 21ème siècle.
{NDLR: Grâce à nos deux amis de PAX CHRISTI, nous pouvons mieux comprendre ce que l’intégration de la France dans le haut commandement de l’OTAN, entraîne comme nuisance pour les peuples d’Europe. Nous ne pensons pas que la politique actuelle de notre gouvernement puisse changer malgré les offres alléchantes décrites dans cet article. Il faudra bien imposer comme enjeu de la prochaine présidentielle un abandon définitif de l’obsession anti- désarmement nucléaire prônée sur tous les terrains par le pouvoir actuel. Cela regarde au premier chef nos concitoyens; mais il est du devoir de l’AMFPGN de tout faire pour les informer et les éclairer sur ce point. C’est tout le travail qui nous attend avec la coalition ICAN}.

GLOSSAIRE:

- ARMES NUCLÉAIRES TACTIQUES: ou armes sub ou non stratégiques. Il s’agit de bombes nucléaires à gravitation USB61, utilisables localement, donc obligatoirement sur le territoire européen. Dans les traités “START” entre la Russie et les USA, Les ANT ne sont pas inclus.
- QUELLE DIFFERENCE ENTRE “POSTURE” ET “POLITIQUE”? La “politique” de l’OTAN requiert l’unanimité de ses  28 membres. Le consensus relève de la conception stratégique d’un “parapluie nucléaire” partagé, comme dissuasion. La “posture”, est l’interprétation variable liée à l’application de cette politique. Dans ce cas, les 27 pays concernés suffisent pour l’établir au cours du temps
- QUE VEUT DIRE “RETRAIT”? Le scénario est simple, il s’agit de faire comme la Russie qui a retiré ses armes tactiques de l’Europe de l’est et regroupé les ANT sur son territoire. Dans ce cas, c’est du renvoi aux USA qu’il s’agit. Un regroupement sur le sol européen ne serait pas un retrait.
- REDONDANT, ce dit de tous ce qui se trouve en excès, et donc non nécessaire
- OBSOLÈTE, dépassé par les techniques actuelles, et donc inutilisable.

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