ACCIDENTS NUCLEAIRES, LES POSITIONS OFFICIELLES

LES ACCIDENTS NUCLÉAIRES, C’EST POSSIBLE, MÊME POUR NOS OFFICIELS DU NUCLÉAIRE (excepté pour les sites militaires) Francine Cohen BOULAKIA

(NDLR: Il a fallu un sondage alarmant pour que les certitudes des autorités vacillent)

situation géographique prés de Dunkerque

Près des deux tiers des Français estiment qu’un accident de ce type pourrait se produire en France;  six personnes sur dix estiment que toutes les précautions ne sont pas prises pour assurer un très haut niveau de sûreté dans les centrales nucléaires françaises.

De plus 55% des sondés ne font pas confiance aux autorités de sûreté. Il est admis enfin qu’un accident majeur , des installations atomiques civiles ou militaires est possible, qu’il faut s’y préparer et prévoir dès maintenant la gestion post accidentelle. Malheureusement, la campagne de prévention prévue ne concerne pas les sites militaires! Il y a eu un grand pas en avant de l’IRSN et de l’ASN, on attend la suite, y compris pour les stocks de têtes atomiques]

L’accident de Tchernobyl, survenu le 26 avril 1986, a entraîné la contamination d’immenses territoires dans les 3 républiques d’Ukraine, de Russie et de Biélorussie, ainsi qu’en Norvège et, dans une moindre mesure, dans d’autres pays européens. Si l’Allemagne a pris des mesures de radioprotection pour sa population, interdisant la consommation de certains produits alimentaires, en France, les autorités de radioprotection ont nié jusqu’à l’absurde, la moindre contamination de certains territoires. Pourtant l’ampleur des conséquences de cette catastrophe a entraîné une prise de conscience et se préparer à un accident nucléaire sur le sol Français est devenu nécessaire pour l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN). C’est ainsi qu’en 2005, piloté par l’ASN, le Comité Directeur pour la gestion de la phase post-accidentelle (CODIRPA) a commencé à établir une doctrine française pour la gestion post-accidentelle. L’accident de Fukushima, en mars 2011, a confirmé l’importance de cet enjeu.

Lors d’un accident nucléaire, la première phase à cinétique rapide (6 heures) est évidemment celle de l’urgence, à cause du risque d’irradiation externe et de contamination interne pour les populations. Cette phase sera gérée par le préfet, comprenant un système d’alerte utilisant des sirènes et les téléphones : c’est le plan particulier d’intervention, PPI, concernant un périmètre de 2 Km autour de la centrale et le bouclage de ce périmètre par les forces de l’ordre. Il y aura évacuation des populations concernées, si la dose efficace prévisionnelle (estimée) est supérieure à 50 mSv et la prise de pastilles d’iode stable si la dose à la thyroïde est supérieure à 50 mSv; ou la mise à l’abri de la population si la dose efficace prévisionnelle est supérieure à 10 mSv.

La deuxième phase, à cinétique plus lente (24 à 48 heures), concernera un périmètre de 10 Km autour de la centrale, avec des mesures de la radioactivité dans l’environnement, des dispositions préventives pour la population, et l’implication au niveau local des maires, des pompiers, du SAMU.

La troisième phase, concernant le long terme, est celle de la mise en place d’une structure de gestion de la crise, fondée sur la doctrine CODIRPA qui comprend 6 points :

1. Le zonage des territoires contaminés, non plus théoriques en cercles concentriques mais en tenant compte des conditions météorologiques ( direction des vents, pluie..) donc avec des zones contaminées qui peuvent être disséminées, c’est-à-dire en taches de léopards. On définit la zone de protection des populations, ZPP où la population peut circuler librement sauf dans les forêts. (NDLR: Enfin les absurdes cercles sont remplacés par des trajets réalistes des panaches radioactifs tenant compte de l’inhomogénéité de la contamination).

2. La prise en charge des populations sur le plan médical et psychologique avec l’aide de professionnels de la santé.

3. Les mesures précises des niveaux de contamination et la mise en place d’une zone de surveillance renforcée du territoire, (ZST), où les denrées alimentaires locales peuvent présenter des niveaux de contamination supérieurs aux niveaux maximaux admissibles.

4. La gestion de l’eau du robinet.

5. L’établissement d’une nouvelle gouvernance.

6. Les actions de décontamination et la reconquête du territoire.

les 3 zones du panache

Ces 6 points clefs ne seront efficaces que s’ils s’accompagnent d’une vigilance sociétale. Il existe dans chaque région des commissions locales d’informations (CLI) et une fédération nationale, l’ANCCLI (Association Nationale des Comités et Commissions Locales d’Information)  Pour se préparer à l’échelle du territoire aux conséquences d’un accident radiologique, tester l’efficacité et la pertinence des plans et sensibiliser les populations aux situations post-accidentelles de moyenne ampleur, l’IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire) a développé un logiciel, l’OPAL (Outil de sensibilisation aux problématiques Post-Accidentelles à destination des acteurs Locaux). Cet outil permet de produire des cartes qui représentent les conséquences d’un accident sur la population, l’habitat, l’agriculture, les réseaux d’eau potables et les activités économiques. Ces cartes représentent des simulations avec les six conditions météorologiques les plus probables, mais elles ne permettent en aucun cas de faire une simulation en direct. Ces cartes peuvent être adaptées aux régions concernées en tenant des particularités locales qui peuvent aggraver la situation post-accidentelle : inondations possibles, établissements classés SEVESO à proximité, autoroutes à trafic important, importance du milieu aquatique, présence d’une ou deux frontières à proximité…

Par ailleurs, OPAL n’est pas conçu pour une simulation d’un accident de transport de produits radioactifs, ou pour un accident dans un centre de défense nucléaire. L’accès à OPAL est réservé pour l’instant à des personnes “mandatées” par les CLI.

LE REGARD DE L’IRSN SUR LA SITUATION POST ACCIDENTELLE DANS LA RÉGION DE LA CENTRALE FUKUSHIMA DAIICHI

Une délégation de neuf membres venues du Japon était présente à ce séminaire, venant principalement de la ville de DATÉ. Cette ville est très proche du chef lieu FUKUSHIMA, et à 50 Km de la centrale accidentée Fukushima DAIICHI . Elle se situe à l’intérieur du panache radioactif principal, en zone de séjour réglementé (“restricted residence area”). Une partie des habitants (dont le maire de la localité) veut retourner librement chez eux sans restriction, et donc désire s’organiser pour gérer leur séjour permanent en zone contaminée.

Nous étions tous intéressés d’écouter le point de vue des volontaires du retour, quitte à le  confronter par ailleurs aux partisans de l’évacuation définitive.

L’opinion du maire de DATÉ, des médecins et physiciens qui soutiennent le retour, et d’un collectif d’habitants représenté par leur présidente RYOCO ANDO, peut se résumer ainsi :

1-    Une dosimétrie quotidienne individuelle et environnementale est possible et peut être mise dans toutes les mains avec un décryptage à l’université de Fukushima.

2-    Puisque le facteur central du risque est la contamination interne et non l’irradiation externe, la société “ETHOS” a conçu un compteur corps entier ambulatoire pour mesurer la radioactivité des habitants (surtout les enfants). Cela donne une évaluation au jour le jour du niveau de contamination, tous radionucléides confondus.

3-    Par contre, les mesures de la contamination radioactive des produits agricoles peuvent se faire par détection externe et permettent le tri en fonction des doses maximales admissibles calculées en Becquerel par Kilo.

4-    Une décontamination des sols est possible par extraction de la couche superficielle des terrains (jusqu’à 40 cm de profondeur), celle qui contient le plus de césium 137 (entres autres)

les panaches Tchernobyl vs Fukushima

5-    Enfin, si les normes collectives exigibles remontent de 1 à 10 mSv (certains poussent cette remontée à 20 mSv), le retour est possible.

Malheureusement, il y a un gros problème dans la pratique de cette méthode: le stockage des déchets. Il se fait dans des sacs plastiques et sont accumulés sous forme d’empilement à l’orée du village. Ils représentent une concentration importante de la radioactivité et ne seront pas évacués, eu égard à leur volume. Les fuites dans le sol sont inévitables et cette “décontamination” ressemble un peu à la manœuvre du sapeur Camembert qui, pour boucher un trou, en a creusé un autre et s’est retrouvé avec une masse de terre… sans avoir de trou pour la déverser!

Malgré les efforts de l’IRSN, pour populariser le point de vue de ces japonais dans la gestion post accidentelle (en fait péri accidentelle, puisque les réacteurs continuent à émettre de la radioactivité à l’extérieur)), les participants à ce séminaire sont restés dubitatifs sur cette “réhabilitation” à marche forcée des zones évacuées.

A l’opposé, les autres habitants évacués militent pour le non-retour et donc pour leur réinstallation dans des territoires non contaminés au frais de l’état. Ils refusent énergiquement l’élévation des normes collectives admissibles pour la population, comme nos collègues de l’IPPNW Japon, d’où leurs protestations (voir le dernier MGN).

A Paris, 2 journalistes japonaises relayent ce combat; YUKI TAKAHATA et KASUMI FUJIWARA, soutenue par le réseau “sortir du nucléaire” . Même si, enfin! Les autorités japonaises ont renoncé à l’absurde zonage en cercles concentriques (rappelons que la contamination par les radionucléides est toujours inhomogène et dépendante de la météo) et ont adopté la conception française du zonage selon les panaches successifs déterminés par des mesures en temps réel successives de la radioactivité ambiante, la tentation de minimiser (ou même de nier) les dangers de la contamination radioactive chronique, reste forte au sein de l’état comme à la direction de l’exploitant TEPCO.

LE POINT DE VUE DE L’AMFPGN

-Tout en saluant cette évolution positive, et en se félicitant de la tenue de ce séminaire de grande qualité, il nous semble qu’il y a encore du chemin à faire

Si le corps de santé est enfin cité dans le PPI, il manque une précision importante, c’est à dire la place et le rôle du GÉNÉRALISTE. Et surtout comment les former? Nous avons demandé un accès au logiciel OPAL pour la formation des collègues (avec le SFMG)… affaire à suivre

- La mission pédagogique des CLI est mise en valeur, ce qui suppose leur indépendance vis à vis des exploitants. Malheureusement certaines CLI semblent être un simple relais des exploitants du nucléaire, comme dans le Nord Cotentin, où l’ACRO, le CREPAN-FNE, le CRILAN et Greenpeace, en ont démissionné, après un an de discussion.

- Le détail du PPI EST À REVOIR en confrontation avec le réel, par exemple, que faire devant l’engorgement des autoroutes lors de l’évacuation des populations (constatés par nos amis japonais) . Que faire aussi pour motiver certains préfets qui ne sont pas du tout concernés et ne viennent à aucune réunion ?

- La question des pastilles d’iode tourne à la bouteille à l’encre, par exemple: si l’accident a lieu pendant l’exercice scolaire, les enseignants devraient s’assurer que les enfants les prennent. Or ils ne sont pas compétents. Si on demande l’autorisation aux parents, ils refusent souvent!

Faire une campagne de prévention et d’éducation du public pour le sensibiliser à ce risque hélas probable, c’est bien et l’AMFPGN est prête à s’y joindre, mais en exclure les sites militaires comme VALDUC, c’est inadmissible. Dans notre action pour l’élimination des armes nucléaires, et conformément à nos engagements médicaux, nous ajouterons un objectif supplémentaire; Pas de tabou pour le nucléaire militaire.

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