Chassez le naturel… Pourquoi on reparle du radon?

Mars 2009 Revue MGN, n°1, vol. 24

Par le Dr Abraham Behar

RadonLe radon est redevenu à la mode, en particulier dans l’excellente émission d’Elise Lucet sur “France 3″, alors qu’il était tombé dans l’oubli (sauf dans le milieu des radio protectionnistes mobilisés par le “plan radon”), depuis la fermeture des mines d’uranium en France. Pourquoi ce regain? Et pourquoi cela concerne l’AMFPGN?

Qui dit “radon” dit d’abord accumulation en un point donné (par exemple dans du granit) d’uranium 238 dit “naturel”. Car cet uranium là ( dit aussi uranium appauvri) a dans sa filiation le radium 226 (découvert par les Curie) et celui-ci à son tour produit du radon 222 avec une demi-vie très courte: 3,823 jours. Le problème réside dans l’équilibre séculaire de tous ces éléments. Par définition, la longue vie millénaire de l’uranium 238 entraîne pour longtemps un équilibre avec le radium (malgré sa période plus courte), et donc une production ininterrompue de radon.
NATURE ET PROPRIÉTÉ DU RADON (1)
C’est un gaz rare, très lourd plus de 8 fois la densité de l’air, d’où sa propension à s’accumuler dans les sous-sols, caves et grottes. Il est radioactif, émetteur alpha (énergie de la particule: 5,59 Mega électron-volt). Il a comme descendant le polonium 218, également radioactif alpha, puis le plomb 214, le bismuth 214 et le plomb 210 de demi-vie 22,3 années, tous émetteurs alpha.Son lien étroit avec son ascendant uranium explique son ubiquité naturelle, et sa présence systématique dans les régions granitiques, volcaniques et uranifères.

LE RADON ET LA SANTE
La polémique à l’origine est née à cause de son origine “naturelle” donc sans danger ni effets sur le vivant pour certains.Radon - Compteur
Le centre international de recherche sur le cancer (CIRC), organe de l’organisation mondiale de la santé, a parfaitement pointé le risque majeur de cet émetteur alpha gazeux: C’est par la respiration que ce gaz est inhalé, ceci explique le risque majeur de cancer pulmonaire, (mais aussi de cancer du larynx) liés au radon (2) . Que l’on en juge: pour un non-fumeur exposé à 0/100/400 Bq/m3 (soit 400 désintégrations radioactives par seconde et par mètre cube d’air), le risque de cancer pulmonaire tardif est de 4/5/7 pour mille. S’il s’agit d’un fumeur, on retrouve la règle identique pour chaque tumeur radio induite respiratoire, avec un risque de: 100/120/,160 pour mille. C’est le fameux effet “promotion”, c’est à dire la multiplication du risque de 25 fois environ, qui est actuellement récusé pour les vétérans des essais nucléaires contre toute logique scientifique.

LE RADON DANS LES HABITATIONS
La raison principale de sa présence dans les demeures est liée au matériaux de construction. Le lieu privilégié reste les sous-sols et les caves, à cause de sa densité élevée, et en l’absence de ventilation. La teneur domestique moyenne en France est de 65 Bq/m3. 1,5% serait entre 400 et mille Bq/m3, donc au-dessus du seuil d’intervention, et 0,5% au dessus de mille et donc a des taux similaires aux mines d’uranium en activité. C’est sur cette situation ancienne que se situe le problème actuel qui lui n’a rien de “naturel”.

LES EXTRACTIONS FORCENÉE D’URANIUM POUR LA BOMBE
MINEPar ce qu’il fallait “l’indépendance nationale” pour le nucléaire, et un minimum de discrétion pour la mise au point et le développement de la bombe atomique française, sous couvert du mot d’ordre de l’indépendance énergétique, l’extraction de l’uranium s’est effectuée jusque dans les années 80 sur le sol national. Puis, quand le nucléaire civil a pris le dessus, l’uranium naturel a totalement été importé d’Afrique, d’Australie et du Canada, donc en dépendance totale de l’extérieur, comme pour le pétrole ou le gaz.
Durant les années d’exploitation minière, il s’est créé des millions de tonnes de “stériles”, c’est à dire de restants miniers, qui contiennent de l’uranium 238, et donc du radon. L’idée de la “COGEMA”, maître d’œuvre à l’époque, pour se débarrasser de ces encombrants déchets miniers, a été de le céder aux entreprises quasi gratuitement comme l’explique AREVA, exploitant actuel du nucléaire (3):
“Jusqu’en 1984, une partie de ces roches a été utilisée dans le domaine public (dans le but, par exemple, de réaliser des remblais de chemins, des parkings, des soubassements, ronds-points, etc.).
En 1984, le groupe a demandé au SCPRI (Service Central de Protection contre les Rayonnements Ionisants, aujourd’hui l’IRSN*) d’émettre des normes d’usage de ces stériles. Ceci pour maîtriser l’usage souhaité par les destinataires et contrôler la radioactivité de ces matières.
COMPTDes restrictions d’utilisation ont ainsi été décidées, notamment dans la construction d’habitations, de bâtiments publics, etc. C’est à partir de cette date et à son initiative qu’AREVA a publié un rapport annuel permettant une traçabilité et un contrôle rigoureux de gestion de ces stériles”.
A priori, l’utilisation comme remblais, ou dans les ballasts des voies de chemins de fer, comportait un risque d’émanation de radon, mais à l’air libre, le risque semblait mineur.
Malheureusement, cette manne miraculeuse pour les entrepreneurs a entraîné des utilisations bien au-delà des prévisions rationnelles. Collectivités locales et entreprises du bâtiment ont allègrement puisé dans ce stock pour construire à peu de frais les soubassements d’écoles, crèches, lieux publics collectifs, etc. Cette extension non naturelle est à l’origine de situations actuelles de sur présence de radon, plus particulièrement de sur présence de ce gaz radioactif en milieu confiné. C’est le cas pour certains établissements scolaires maternels en région parisienne peu réputée comme granitique ou volcanique!
Le radon, symbole des lois séculaires de la radioactivité éternelle de la nature, est aussi le résultat de la folie atomique, et en premier lieu guerrière, de nos gouvernements.
Tout ce qui est naturel est bon pour notre santé, proclame-t-on; Le radon, responsable de cancers des voies aériennes radio induits n’est ni “bon pour la santé” ni “naturel” dans beaucoup de locaux en France.

• IRSN, institut de recherche en sûreté nucléaire.

BIBLIOGRAPHIE :
1- J. LAFUMA, les effets cancérigènes du radon 222 et de ses produits de filiation. Toxiques nucléaires, 1982, Pierre Galle, Masson Ed. 241-252.
2- OMS, radon et cancer, 2005, www.who.int
3- AREVA, 2009, www.areva.com

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