Intervention au parlement européen

Intervention d’Yves Perrin Toinin -AMFPGN, France- à l’audition du 05 06 2012 . Groupe GUE/GNL* au parlement européen

Tout d’abord je tiens à vous remercier et particulièrement M. Helmut Scholz d’avoir organisé cette rencontre et de permettre à l’association des médecins français pour la prévention de la guerre nucléaire que je représente de s’y exprimer . Comme vous le savez, la France vit actuellement une importante séquence électorale qui a vu la défaite de Nicolas Sarkozy et l’arrivée au pouvoir de François Hollande le 6 mai dernier. Cette séquence n’est pas terminée , puisque du résultat des élections législatives des 10 et 17 juin va dépendre la politique menée dans les 5 ans à venir . La question de savoir , notamment si le groupe Front de gauche peut obtenir un groupe charnière est déterminante.
Différentes options sont proposées aux électeurs au cours de cette séquence :
L’ancienne majorité présidentielle peut s’appuyer sur les 10 années de gouvernement de Jacques Chirac puis de Nicolas Sarkozy dont le bilan peut se résumer en ce qui concerne l’arme nucléaire aux points suivants:
missile M51

missile M51

1°) la défense bec et ongles de la dissuasion comme pilier de l’indépendance nationale, cette dissuasion , toujours conçue comme du temps de la guerre froide est dirigée vers l’est , et, avec la mise au point du missile M51 d’une portée de 10 000km, la Chine est dans la ligne de mire .

2°) La poursuite des essais nucléaires en laboratoire, fut-ce au détriment de l’indépendance nationale comme cela s’est vu avec les accords franco-britanniques pour des essais communs sur le site de Valduc.

3°)Avec Nicolas Sarkozy, en mai 2009 à Strasbourg un tournant a été pris avec l’intégration au commandement militaire de l’OTAN. Les évènements de Libye ont montré quel sens prenait cette intégration, la France et les forces de l’OTAN outrepassant allègrement les résolutions de l’ONU pour mener une opération de police dans cette région riche en pétrole.

Pour ce qui concerne le Parti Socialiste de François Hollande , sa politique a été clairement exposée dans un article de l’hebdomadaire le Nouvel Observateur du 22 décembre 2011 où François Hollande assurait qu’il serait le garant de la capacité de dissuasion nucléaire de la France , s’inscrivant dans la continuité de Mendès France, de Charles De Gaulle et de François Mitterand qui, dit-il “ne recula pas quand les SS20 étaient à l’Est “1.
Dès son élection comme président de la République, François Hollande a eu l’occasion à 2 reprises d’appliquer sa politique:
-au sommet de Chicago de l’OTAN le 21 mai où il est resté ferme sur son intention de retirer les troupes Françaises d’Afghanistan dès la fin 2012, ce qui est un signe de changement important par rapport à son prédécesseur. Cependant au cours du même sommet, et cela a été beaucoup moins médiatisé, il a accepté les propositions américaines concernant le bouclier anti-missile européen, et n’a pas remis en cause l’existence des armes nucléaires tactiques de l’OTAN en Europe.
De même lors de sa récente rencontre avec Vladimir Poutine , il a été beaucoup question de la Syrie, mais ce problème des armes tactiques semble ne pas avoir été évoqué. Le statut-quo est donc de mise et la politique de dissuasion Française n’est pas remise en cause.

Pour les autres candidats , le Front de gauche et les verts qui rassemblent 15 % des voix (dont 11,1  pour le Front de gauche ) réclament la sortie de la France de l’OTAN , l’adhésion à la convention de désarmement nucléaire , une réorganisation de l’ONU , de nouvelles coopérations avec les pays du Sud. Des résultats de Front de gauche aux législatives dépendra la place qu’occuperont ces options dans la future assemblée .

Je voudrais attirer votre attention sur 2 points qui me semblent particulièrement préoccupant:
1°) le programme du front national, parti nationaliste, d’extrême droite qui voit des ennemis partout, comporte l’augmentation de 25 % des crédits militaires pour atteindre 2 % du produit intérieur brut2 tout en prônant une diminution des budgets sociaux, mais surtout ce parti a réalisé le bon score de 18 % à l’élection présidentielle.
2°) Malgré l’émotion soulevée par la catastrophe de Fukushima, qui a déclenché un vrai débat sur l’utilisation de l’énergie nucléaire civile, le débat sur l’armement nucléaire est resté très marginal . Le secret entourant l’arme nucléaire et le “consensus” sur la force de frappe ,continuent de prévaloir dans les médias et dans l’opinion .

Dans ce contexte , comment s’organise la lutte pour l’abolition de l’arme nucléaire, qui est le but de notre association.

Plus l’histoire de l’atome avance , et mieux les médecins sont armés pour montrer la nocivité des rayonnements ionisants sur les êtres humains .
Les études de cohortes menées sur les survivants d’Hiroshima et Nagasaki avaient mis en évidence les effets que l’on connait bien sur l’organisme d’abord de l’explosion elle même puis des radiations qui en découlent car la bombe nucléaire possède deux caractéristiques qui en font une arme d’extermination massive.
La puissance explosive d’abord, capable d’engendrer des températures de millions de degrés celsius à l’épicentre de créer une onde de choc plus dévastatrice que n’importe quel autre explosif.
Mais la 2° caractéristique, est incolore, inodore, mais peut faire des ravages pendant des dizaines de milliers d’années.
Pour prendre l’exemple de Fukushima, la conjonction d’un séisme et d’un tsunami est déjà une catastrophe majeure, qui laisserait des traces pour des générations.
Mais le plutonium échappé des réacteurs que l’on a arrosé avec de l’eau de mer , tous ces radionucléides qui se sont écoulés dans l’océan, vont s’intégrer à la chaine alimentaire et leurs effets se feront sentir pendant des millénaires. La radioactivité du plutonium, pour ne citer que lui, diminue de moitié en 23 000 ans.
Que dire des milliers de Fukushima que représentent les essais nucléaires réalisés de 1945 à 1996?
Après Hiroshima, on a su que les principaux effets de ces rayonnements et de cette contamination radioactive étaient liées à des lésions de l’ADN des chromosomes d’où l’apparition de leucémies , de cancers, dans des délais plus au moins longs selon les organes et les radionucléides en question, ainsi que des malformations dans la descendance des personnes irradiées.
Depuis, la catastrophe de Tchernobyl est venue apporter d’autres observations. Grâce aux travaux du Professeur Biélorusse Bandagevski, on sait maintenant que des maladies non cancéreuses, cardiovasculaires, notamment, pouvaient être provoquées par les rayonnements ionisants du fait de l’action des radicaux libres sur les membranes cellulaires.
Plus récemment, une étude allemande autour des centrales nucléaires a confirmé ce que le Professeur Viel avait montré autour de l’usine de retraitement des déchets de La Hague en France en 1990, a savoir une augmentation du nombre de leucémies chez les enfants dans un rayon de 5 kms autour des centrales, c’est à dire du fait de faibles doses, dans les limites des rejets autorisés officiellement3. Ces études nous permettent d’intervenir , en tant que médecins, dans la défense des victimes des essais nucléaires. Ceux-ci se sont regroupés dans une association des vétérans des essais nucléaires, l’ AVEN, et 10 ans de lutte ont abouti enfin à la promulgation en janvier 2010 d’une loi d’indemnisation.
Notre association participe aux différentes coalitions qui se donnent pour but l’élimination des armes nucléaires et qui sont ICAN et Abolition 2000.

Nous réclamons , en priorité, que la France mette hors d’état d’alerte ces armes nucléaires, qu’elle signe la convention d’élimination des armes nucléaires, et qu’elle donne, dans les discussions internationales des signes forts montrant qu’elle est prête à aller vers le désarmement multilatéral et négocié ce qu’elle n’a plus fait depuis l’abandon des missiles sol-sol il y a 15 ans et la fermeture du plateau d’Albion.

Cela passe par différentes manifestations dans tout le pays , et aussi par nos interventions chez les jeunes étudiants et lycéens avec leurs professeurs d’Histoire pour leur enseigner ce que pourrait être le désastre causé par une guerre nucléaire. Les forces qui réclament l’abolition  de l’arme nucléaire sont en France , encore trop dispersées et cloisonnées . Nous espérons , à notre modeste échelle pouvoir contribuer à les rassembler et à faire que ces choix stratégiques pour l’avenir de la planète ne restent pas l’apanage de dirigeants isolés ( le président a lui seul le pouvoir de déclencher l’apocalypse) mais prennent dans l’opinion publique une importance suffisante pour infléchir les choix. Cela a été possible pour le retrait des troupes françaises d’Afghanistan. Cela doit l’être pour la politique de défense en général.

1 Le nouvel Observateur, 22/12/2011 “Tribune. Hollande: dissuasion nucléaire/ je maintiendrai”
2″ Planète Paix”, avril 2012
3KORBLEIN A, HOFFMANN W, Child blood cancer in the vicinity of german nuclear power plants, Arch. Env.Occup. Health, 2006, 3,61, 109-114

Interventions dans la discussion:
- Le plus important pour avancer, c’est l’intervention des peuples concernés. Chaque grande avancée du désarmement nucléaire a été précédée d’une mobilisation populaire et des citoyens. L’histoire en donne plusieurs exemples: les millions de signatures recueillies sur l’Appel de Stockholm et l’alerte lancée par les médecins américains concernant l’élévation du taux atmosphérique de Strontium à New York ont amené à un moratoire sur les essais nucléaires atmosphériques puis la signature d’un traité les interdisant en 1963.
De même en France  au début des années 80, malgré un consensus général de tous les partis politique pour la ” force de frappe”, les immenses manifestations contre les missiles Pershing et SS20 en Europe ont pesé sur les négociation entre Reagan et Gorbatchev.
D’où l’importance d’informer la population de ce qui se passe réellement. C’est ce que nous essayons de faire à notre niveau.

- Pour nous médecins, parler des armes nucléaires, ce n’est pas parler de problèmes abstraits, de géopolitique . Nous vivons ce problème dans nos consultations avec ces malades cancéreux qui ont été exposés aux retombées des essais nucléaires. On estime à 150 000 le nombre de personnes qui ont été employées pour les essais français. Je dois rappeler que la majorité de ces travailleurs des essais nucléaires vivent en Algérie ou en Polynésie. Lors des assemblées générales annuelles de l’AVEN, on commence par lire la liste des adhérents morts dans l’année du fait des conséquences des irradiations subies. C’est donc une arme qui a tué et qui tue encore.

*Groupe fédéral GUE/GNL : gauche unitaire européenne et gauche verte nordique

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