L’hiver nucléaire revisité

L’hiver nucléaire revisité en fonction d’un modèle climatique moderne et d’un arsenal nucléaire actualisé: Les conséquences sont toujours catastrophiques (Extraits) Décembre 2007 Revue MGN, n°4, vol. 22

par Alain Robock, Luke Oman et Georgy L. Stenchikov

Du fait de l’utilisation du terme “automne  nucléaire” par Thompson et Schneider (1986), même si les auteurs avaient écrit que les conséquences climatiques seraient considérables, dans les milieux politiques la théorie de l’hiver nucléaire a été considérée comme exagérée et non prouvée (e.g., Martin, 1988). Aussi nous avons été motivés pour envisager des mécanismes non utilisés auparavant, pour voir si les résultats précédents gardaient leur valeur. Cependant, tout en tenant compte des données non élucidées, il apparaît que non seulement nous aurions un hiver nucléaire en utilisant les anciennes données, mais en plus que la réponse climatique serait plus longue que prévue alors, et que l’arsenal nucléaire actuel produirait toujours un hiver nucléaire.

Les anciennes simulations de l’hiver nucléaire

(6) Avant de décrire notre travail nous devons résumer les travaux précédents et leurs limites. Pittock et al. (1986), Turco et al. (1990), et Sagan et Turco (1990) ont résumé beaucoup des travaux antérieurs et il n’y a rien eu de publié d’autre que notre travail récent sur ce thème durant près de 20 ans.
(7) Crutzen et Birks (1982) ont les premiers, suggéré que la fumée des feux et des poussières de surface générés par une guerre nucléaire générale entre le États-Unis et l’Union Soviètique pourrait avoir une telle extension qu’elle générerait un changement climatique global. Enfin, Turco et al (1990) re-proposent un modèle plus sophistiqué prenant en compte non seulement les émissions de fumées mais aussi leurs propriétés. On peut donc conclure que la question de l’hiver nucléaire ne se réduisait plus aux guerres nucléaires globales, mais pouvait être aussi discutée dans des conflits locaux.
Le modèle climatique de ROBOCK

Il est basé sur la simulation climatique proposée par l’institut des études spatiales de 2006 et un modèle de circulation des aérosols de particules dans l’atmosphère le tout lié au modèle général de circulation des eaux océaniques aussi bien à la surface que dans les grands fonds. Ce modèle complexe à été utilisé pour 4°X5° de latitude, pour 23° de longitude, et pour 80 Km d’altitude. Ce modèle a d’abord été testé sur les rejets connus des éruptions volcaniques, et sur les aérosols de particules de carbone tout aussi connus. Puis le modèle a été utilisé pour 2 scénarios :  50 et 150 mégatonnes de particules (soit 50 et 150 millions de tonnes) injecté dans la troposphère durant une semaine à partir du 15 mai. Ces fumées seraient produites par 500 Megatonnes de pouvoir explosif des bombes nucléaires soit seulement environ 5 % de l’arsenal estimé mondial.

Les résultats

Figure 2 et 3 La comparaison de ces 2 planisphères montre le caractère INHOMOGÈNE du refroidissement, car il s’agit de la variation du climat existant dans une région, par exemple –5° au Sahara, -35° en Ukraine. Mais surtout, l’hémisphère nord à une situation particulière liée au rôle de la circulation perturbée des océans : La conséquence est une très forte diminution de la pluviométrie (-45%), et donc un an après La destruction  quasi totale des récoltes nécessaires à l’alimentation des survivants, y compris les populations du pays agresseur.

Et le réchauffement climatique ?

Quelque soit  le modèle actuel du réchauffement climatique, Il n’intervient que faiblement dans les effets de « l’hiver nucléaire » compte tenu de l’échelle de temps : une année pour l’hiver nucléaire, un siècle pour le réchauffement.
Mais plus intéressant encore, ROBOCK, dans une étude rétrospective, a démontré l’impact des essais atmosphériques de 1945 à 1965 avec un freinage du réchauffement de l’ordre d’un degré Celsius ! La guerre nucléaire n’est donc pas le remède au réchauffement de la planète !

Implications politiques

(36) L’implication politique majeure de l’hiver nucléaire etait qu’une attaque nucléaire de grande échelle produirait des effets climatiques qui anéantiraient à ce point la production alimentaire que ce serait un suicide pour le pays attaquant (Robock 1989) avec un impact sur les pays non-combattants. La fin de la course aux armements peut être due au fait que le monde a considéré que les conséquences directes et indirectes de l’utilisation des armes nucléaires ont été l’objet de débats publics sur l’hiver nucléaire, et cependant l’impact relatif de la théorie de l’hiver nucléaire comparé aux autres facteurs n’a pas été approfondi autant que nous le savons. L’arrêt de la course aux armements est survenue quelques années avant la fin de l’Union Soviètique. Bien que des réductions sensibles des arsenaux nucléaires américains et russes aient suivis, nos résultats montrent que chaque pays possède encore suffisamment d’armes pour produire des longs, considérables et sans précédents changement climatiques.
(37) “La guerre des étoiles”  (L’Initiative Stratégique de Défense, maintenant l’Agence de Défense des Missiles) n’est pas la réponse puiqu’elle ne fonctionne pas après 20 ans d’essais. Même si elle fonctionnait suivant ses spécifications, elle utiliserait trop d’armes diverses comme des missiles de croisière. Les effets indirects de l’hiver nucléaire sont plus importants que les effets directs. Il y aurait beaucoup de victimes innocentes parmi les nations non combattantes.
(38) Les États-Unis et la Russie sont signataires du Traité de Réduction des Armes Stratégiques Offensives qui les amène à une réduction à 1700-2200 armes nucléaires déployées à la fin de 2012. Cette réduction progressive est appréciable, mais seul un désarmement nucléaire complet permettrait de supprimer la possibilité d’une catastrophe nucléaire environnementale. Il est cependant utile de se demander pourquoi la Grande Bretagne, la France et la Chine ont choisi d’avoir un couple de centaines d’armes nucléaires. La menace de combien d’armes nucléaires lancées sur vos villes principales serait nécessaire pour prévenir l’attaque d’un autre pays nucléaire ? Plus d’une ?  Une réduction immédiate des arsenaux nucléaires russes et américains au niveau du nombre d’armes de Grande Bretagne, de France ou de Chine serait un exemple pour le monde, maintiendrait la dissuasion pour chacun et réduirait sérieusement les chances de survenue d’un hiver nucléaire.
(39) Les résultats de cette étude devraient être testés avec les autres modèles climatiques et les autres conséquences sur l’agriculture, le ravitaillement en eau, le commerce, les communications, les transports, la pollution aérienne devraient faire l’objet d’études ultérieures. Chacun des risques potentiels devraient être analysés scientifiquement par les gouvernements dans le monde.

Références

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