La pyramide de la violence. Où il est question de l’état du monde…

Octobre 2008 Revue MGN, n°3, vol. 23

Une réflexion collective du bureau de l’AMFPGN.

Si pour un patient nous faisons le maximum pour établir un diagnostic, et si pour ce faire nous avons recours à toutes les techniques, ce n’est pas pour l’amour de l’art. Notre seul objectif au travers et grâce au diagnostic est d’appliquer un traitement, le plus juste et le plus efficace pour ce malade. Cela peut peut-être expliquer notre étonnement devant la démarche actuelle des analystes du monde au 21ème siècle.Avec des arguments fondés, des exemples judicieux et des modèles convaincants, le consensus est en train de se faire sur le rapport de force entre nations. Mais on n’en tire aucune conséquence !

Après la domination de 2 superpuissances au siècle dernier fondant un monde bipolaire, après un court intermède où l’hyper puissance américaine s’est retrouvée seule et justifié ainsi le modèle mono polaire,  nous sommes entrés dans un monde multipolaire constitué de plusieurs pôles économiques et politiques, en concurrence.
Ce monde multi polaire apparaît alors que la globalisation du marché (certains disent « mondialisation »), est totale.  La marchandisation de toutes les activités humaines, y compris la santé, la culture et l’éducation, est achevée dans toute la planète. C’est l’achèvement de l’intégration de toute activité y compris émotionnelle ou intellectuelle dans l’économie de marché qui explique le retour des crises cycliques.

Ce qui est étrange c’est qu’après avoir posé ce diagnostic, les choses s’arrêtent là : Les analystes, les décideurs, les gouvernements n’en tirent aucune conclusion, et continue à agir comme avant. Faute de stratégie, ils courent d’un sujet à l’autre, et change chaque jour de cible. Pire encore, les organisations et associations populaires, les ONG font de même en constituant sans cesse de nouvelles coalitions sans lendemain et sans bilan, s’évertuant ainsi à combattre l’écume de l’instant. Peux-t-on continuer ainsi à s’essouffler dans cette course éperdue ? Ou faut-il s’arrêter et réfléchir ?

LES CONSEQUENCES DE LA MUTATION DU MONDE :

croix_rouge_2Dans un monde multipolaire, la confrontation entre les états ou les coalitions d’états, s’exerce sur tous les terrains, sociaux, économiques, politiques et en fin de compte militaire. La course au contrôle des sources d’énergie et des matières premières comme la recherche sans cesse de nouveaux débouchés économiques aboutit inexorablement dans des guerres de partage et de repartage. Nous sommes donc à l’ère des conflits régionaux. La « communauté internationale » si chère aux occidentaux n’existe plus. Pire encore, les traités internationaux sont mis à mal.

Un bon exemple, le traité de non-prolifération nucléaire (TNP) est mis en péril par les 2 bouts :
- à la périphérie par l’IRAN qui continue son aventure atomique militaire malgré sa ratification du TNP.
- au centre, par les USA, qui devrait être la gardienne du temple, et qui a signé avec l’Inde, non signataire et puissance atomique de facto un accord pour la livraison de technologies nucléaires strictement interdites par le traité.

Le conflit récent déclenché par la Géorgie contre les civils de l’OSSETIE DU SUD, avec la riposte excessive de la Russie, illustre aussi bien le retour des conflits régionaux, l’inexistence de la « communauté internationale » et l’impuissance de feu l’unique superpuissance américaine. Ces conflits régionaux se développent sur un fond commun : la destruction progressive de la planète par les forces productives globalisées avec pour conséquences son cortège de misère, de famine et de maladies.

Ces données n’échappent pas aux analystes de la conjoncture, mais quand on pose la question : QUE PEUT-ON FAIRE ? (quel traitement ?), on obtient une cacophonie ou au mieux un silence.
Il y a ceux qui nient l’évidence, comme certains cancéreux qui refusent d’admettre l’existence de leur tumeur. Il y a ceux qui minimisent les faits constatés : Les sources d’énergies rares et chères ? On en trouvera d’autres, Le réchauffement climatique, l’économie de marché n’y est pour rien, etc. etc.…
Il y a ceux enfin qui s’agitent en mouvement désordonné (Brownien) et s’épuisent à combattre les symptômes en ignorant la maladie.

Notre dilemme est le suivant ; Nous qui sommes regroupés dans l’IPPNW, devront-nous perdre toute mesure en prétendant apporter à nous seuls les réponses ? Mais en toute modestie doit-on pour autant se taire et renoncer ? Même si notre contribution thérapeutique reste insuffisante?

LA PYRAMIDE DE LA VIOLENCE :

pyramideL’IPPNW a proposé un modèle théorique, pour analyser le monde et pour relier l’ensembles des phénomènes humains entrent eux dans le domaine de la violence.Rappelons ici que cette pyramide a pour base la violence sociale, (directement liée au coût humain de la globalisation ainsi qu’à la destruction de la nature liée au même système économique), l’étage supérieur est le terrorisme dont la cible principale reste la population ayant les mêmes croyances et appartenant à la même ethnie, suit ensuite l’étage de la guerre civile, puis les guerres régionales, alimentées par les étages inférieurs mais aussi la seule voie possible pour rejoindre la pointe de la pyramide : la menace nucléaire et la destruction de l’humanité.

Nous avons, grâce à ce modèle pu comprendre le caractère réversible dans l’ordre inverse, c’est à dire du désarmement nucléaire à la diminution des conflits régionaux par de nouvelles règles internationales acceptées, et la possibilité de mettre en œuvre la résolution non violente des conflits et donc en parvenant à un affaiblissement des conflits ethniques et du terrorisme.

Et quand les USA avec l’administration actuelle à fait repartir vers le haut la violence, nous avons tout de suite compris que la décision de combattre le terrorisme par des guerres régionales était une tragique erreur car elle a laissé le champ libre aux connections naturelles avec la violence sociale et la guerre civile à prétexte  ethnique ou religieux, et conduit à l’échec retentissant en Irak et en Afghanistan.

Nous savons aussi à contrario que seul le traitement de la violence sociale peut être efficace pour stopper la logique actuelle et prévenir la destruction de l’environnement. Cette évolution d’un monde bipolaire, puis unipolaire vers un monde multipolaire explique aussi les évolutions des stratégies nucléaires :
la fin de l’équilibre de la terreur et le désarmement effectif, a pris de court les nucléaristes, qui ont essayé d’abord de nier les faits, puis comprenant bien la nouvelle priorité vers le bas de la pyramide ont essayé d’adapter l’arme atomique à cette nouvelle donne. On a vu fleurir la « bombe nucléaire du champ de bataille », le mythe des mininukes, le concept « d’état voyous », les USA ont même proposé dans la « nuclear posture revue » de reclasser les armes nucléaires comme un moyen banal de défense !

Cette tactique de brouillage des cartes a surtout fonctionné pour nous, nous a obligé a changer de cap, et nous a conduit à l’erreur. L’heure de vérité a sonné, et on peut voir que les puissances nucléaires savent s’adapter à la nouvelle situation bien plus rapidement que nous.

Aujourd’hui, le lieu principal de la violence se situe à l’étage des guerres régionales (ce qui n’empêchent pas les autres étages de fonctionner), et ceci explique le changement brutal des stratégies nucléaires : toute puissance intervenant dans les champs des confrontations multipolaires cherche une légitimité et un point d’appui dans son arsenal atomique stratégique.

C’est le retour brutal de la menace atomique absolue, la remise à l’honneur de la 2ème frappe à partir des sous-marins et des missiles intercontinentaux. Le chantage à la vitrification de l’adversaire pour couvrir les conflits régionaux à la conquête du pétrole et du gaz, ou pour le contrôle des débouchés économiques.

Cette mutation se fait évidemment lentement et dans les contradictions entrent ancienne et nouvelle conception, comme dans toute évolution humaine : la fin du féodalisme et l’expansion du capitalisme ne se sont pas fait rapidement, ni dans l’espace ni dans le temps. La cible principale de notre combat devrait être le couple guerre- menace nucléaire.

Nous n’avons pas pour autant la prétention de tout expliquer uniquement par la question de la violence. Ce que nous voulons c’est apporter notre pierre si modeste soit elle au nouvel édifice d’un autre monde, qui reste possible si nous le voulons collectivement. Pour cela, il nous faut changer de cible et de méthode.

Il n’y a nulle critique dans cette démarche envers les organisations proches qui luttent avec nous pour un monde sans arme nucléaire. Il y a simplement un appel et une demande pressante ; cessons notre agitation vibrionnante, recentrons nos actions dans une stratégie commune et surtout parlons-en. Mille situations urgentes nous assaillent et nous poussent à agir sans délai.

C’est parce que nous sommes pressés qu’il faut aller lentement. La recherche d’une stratégie unique cohérente avec le nouveau visage du monde au 21ème siècle est un préalable à toute action efficace de la société civile, le seul moyen de passer de la défensive aveugle à l’offensive, en nous unifiant au delà de nos spécificités. Sans la désignation d’une cible unique, pas de succès durable.
Nous proposons de proclamer le temps de l’analyse, le temps de la réflexion synthétique, le temps de la théorie.

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