LA RÉMANENCE DE LA RADIOACTIVITÉ ARTIFICIELLE

LA MÉMOIRE DE NOTRE TERRE. par A.BEHAR

NDLR : Le 26 mai 2015, l’institut de radioprotection et de sureté nucléaire (IRSN) a eu l’heureuse initiative de convoquer une réunion d’échange entre différents représentants d’association concernée, dont l’AMFPGN. Il y a eu 3 rapports, l’un de l’ACRO sur les retombées de Tchernobyl, l’autre de la CRIIRAD sur la contamination radioactive du sol alsacien. Mais c’est surtout à partir du 3ème rapport de l’IRSN fait par GUILLAUME MANIFICAT, que les commentaires suivants furent rédigés : Tous les schémas et figures proviennent de cette présentation.

Grâce a l’étude de certains marqueurs représentatifs (strontium 90, américium 241, plutonium 238, 239 et 240, et surtout le CÉSIUM 137), et à l’utilisation comparée des dosages en surface de ces radionucléides, l’IRSN a pu séparer les contaminations particulières de 2 sources majeures de la radioactivité artificielle, c’est à dire : les essais nucléaires et un accident civil : TCHERNOBYL. Par contre l’accident  de FUKUSHIMA est trop récent pour une étude exhaustive. La méthode et les résultats sont basés pour l’essentiel sur la détection du césium 137. (1) Grâce à un quadrillage minutieusement choisi avec, Sur les 6 zones d’étude  350 échantillons prélevés par l’IRSN dont 70 échantillons de denrées alimentaires, on peut en déduire une vision cartographique des retombées radioactives. Les mesures correspondent toutes à des données surfaciques (Bq/Mètre carré) ou volumiques (Bq/Kg).

Mais quelle est l’origine commune pour tous ces radioéléments, peut on  appréhender ensuite leurs différences, y compris avec les sources actuelles de pollution  radioactive venant des rejets des centrales (légaux ou accidentels) ? Pour ce faire, Il faut dans un premier temps  rappeler l’historique des retombés radioactives, par exemple  en France de 1959 à nos jours

L’idée est la suivante : il faut partir des retombées des essais nucléaires certes inhomogènes, et détecter sur ce fond tout supplément par exemple de césium 137. On peut voir ainsi 2 périodes distinctes : De 1959 à 1985, ce sont les différents essais nucléaires qui expliquent les retombées de césium 137. De 1985 à 2015, alors que les retombées des essais diminuent, ce sont les accidents civils qui dominent, Tchernobyl d’abord, puis Algeciras. et enfin Fukushima. Pourquoi Algeciras en Espagne ? Le 25 mai 1998 à Algeciras en Andalousie une usine métallurgique a incinéré par accident une source de césium 137 et émis un panache radioactif d’environ 1850 milliards de Becquerels.

COMMENT L’IRSN ARRIVE A DISTINGUER CE QUI RELÈVE DES ESSAIS ET CE QUI RELEVE DES ACCIDENTS CIVILS ?

C’est à partir du cocktail de radionucléides dosés que cela est possible, avec une mention particulière pour la comparaison césium/plutonium.

Si on s’en tient uniquement aux retombées des essais atomiques, il existe une relation linéaire entre le taux de césium retrouvé et celui du complexe de plutonium 239/240, Dans chaque zone où cette relation linéaire est en défaut, on peut incriminer une autre origine, c’est à dire principalement Tchernobyl (et les autres sources nucléaires civiles en deuxième lieu).

Mais pourquoi l’IRSN utilise, en plus des prélèvements de terre, avec des précautions particulières pour tenir compte de la pénétration des éléments radioactifs dans le sol (l’IRSN prélève des “carottes “ jusqu’à 50 cm de profondeur pour mesurer l’impact des retombées sur la surface terrestre), des végétaux et des produits animaux comme le lait ?

On touche ici un problème crucial, celui du transfert de la radioactivité au monde vivant, végétal et animal et finalement à l’homme. Car dans ce processus il y a à la fois un effet de concentration (comme pour les champignons), mais aussi d’inhomogénéité du taux de radioélément.

De plus, la détection de radioéléments comme le Strontium 90 ou l’Américium est très utile compte tenu de leur radio toxicité importante pour l’homme (il en est de même pour le redoutable plutonium 239/240)

Il est dommage qu’il n’y ait pas eu de dosage du CÉRIUM 144, une terre rare radioactive émettrice exclusive d’électrons et qui se retrouve parfois dans les urines des vétérans des essais nucléaires.

QUELS SONT LES PREMIERS RÉSULTATS DE CET IMMENSE TRAVAIL ?

48 ans après la cessation de la majorité des essais atomiques atmosphériques, les retombées continuent. Elles sont atténuées mais surtout perceptibles sur les reliefs. La différence est significative entre les plaines avec une abondance de césium 137 autour de 1 000 Bq.m2, et dans les massifs montagneux jusqu’à 15 000 Bq.m2.

La répartition des retombées de Tchernobyl est toute autre.

Il s’agit alors d’un découpage est/ouest avec des valeurs très élevées à l’est : jusqu’à 40 000 Bq.m2, et moins de 1 000 Bq.m2 en Bretagne !

QUELLES LECONS POUR L’AMFPGN ?

Parce que notre maître mot est la prévention nous avons agit dans le passé, avec toute l’IPPNW pour un arrêt définitif des essais atomiques. Car les retombées radioactives en particulier dans l’hémisphère nord représentaient en tant que telles un danger pour l’homme. Ce qui a décidé les 2 superpuissances de suspendre les essais atmosphériques, c’est l’augmentation considérable des retombées de strontium 90 à NEW YORK, avec une augmentation significative des ostéo sarcomes de l’enfant coïncidant avec la même augmentation de césium 137 à Copenhague. Avec la communauté internationale, nous avons obtenu un traité d’interdiction définitif des essais. La diminution progressive des retombées des radionucléides éjectés des essais nous conforte dans cette voie préventive. Mais les taux actuels, même s’ils sont mesurés dans les massifs montagneux, nous rappellent que ce n’est pas fini, la terre se souvient encore de cette agression, et nous incitent à continuer le combat pour l’élimination totale des armes nucléaires.

Le magnifique travail de l’IRSN nous rappelle aussi un autre devoir pour nous, c’est à dire la prévention des maladies radio induites. Car les végétaux d’abord, comme l’herbe, les champignons ou les algues, les animaux ensuite avec la viande, le lait et les fromages, sont une des bases de la contamination radioactive et donc des maladies radio induites. Les sources ici sont aussi bien militaires que civiles, et notre action englobe la totalité de ce champ en tant que risque pour les humains.

Enfin, la rémanence de la radioactivité artificielle confirme les effets à longue distance des explosions atomiques programmées ou accidentelles, et donc d’origine militaire ou civile. Cela fait partie des conséquences humanitaires des activités nucléaires pour l’humanité toute entière, d’où nos actions dans le cadre de la campagne ICAN.

Merci encore pour le remarquable exposé de Mr MANIFICAT, de l’IRSN.

(1)LE CÉSIUM 137

Le césium-137 est un élément radioactif dont la durée de vie est considérée comme moyenne. Sa période est de 30,15 ans. Cet isotope du césium est un émetteur de rayons bêta dont l’énergie moyenne est de 187 keV. Les désintégrations sont accompagnées dans 85% des cas d’un rayon gamma énergique de 661,6 keV. Ce gamma caractéristique permet de détecter la présence de très faibles quantités de ce césium radioactif. Le choix du césium (Cs) est uniquement lié à cet avantage et aussi à la certitude de son origine uniquement artificielle (réacteurs nucléaires, explosion atomique).

Il peut être ingéré, rarement inhalé, et il se fixe particulièrement sur les muscles (on dit qu’il ressemble au potassium). Sa radio toxicité évaluée par la “dose létale 50“(quantité de radioactivité ingérée entrainant 50% de décès dans un lot d’animaux) est de 100 millions de Becquerels. (Bq) Mais il s’agit d’une toxicité aigüe inutilisable dans le cas des maladies radio induites. On peut s’aider de la notion de “ limite annuelle d’incorporation “ (LAI) qui correspond à la limite de dose annuelle pour un travailleur exposé (soit 20 mSv) : 1,5 million de Bq (à comparer avec la LAI du plutonium 239 : 300Bq !) il s’agit donc d’un radio toxique modéré (classe 3). Ici nous sommes loin de ces chiffres, au maximum 100Bq.kilo.

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