LASER MEGA-JOULE, RETOUR VERS LE FUTUR ?

par A. Behar

vue du LMJ

vue du LMJ

Nous avons en décembre 2010 (MGN, 25, N°4) exprimé nos doutes sur l’avenir du futur laser mégajoule (LMJ) qui se construit à BARP en Gironde, ainsi que sur sa prétention à réussir la fusion contrôlée. Nous avons aussi expliqué que ce projet dit de simulation des essais nucléaire ne simule rien du tout, mais alimente le rêve d’une nouvelle arme faite uniquement de fusion, sans la masse critique et les problèmes des bombes actuelles liés à la fission, enfin capable d’être miniaturée et qui sait, de peut être se rapprocher d’un autre bluff, la bombe à neutrons.

Le LMJ, était prévu opérationnel en 2010 mais la mise en place effective fut repoussée à 2014. Ce fleuron, plus, ce cœur même de la simulation de “nos” armes atomiques,  n’est prévu que pour la sûreté et la fiabilité de notre arsenal nucléaire, malgré l’arrêt des essais grandeur nature depuis 1996 (1).

Il a fallut attendre le 5 décembre 2014 pour constater l’absence de toute possibilité de mise en fonction du laser mégajoule. Il devait « allumer » la fusion inertielle, il n’a rien allumé du tout. Son grand frère de Livermore (USA) bien plus avancé technologiquement n’a pas non plus allumé quoi que ce soit.

Qu’à cette occasion le CEA-DAM (Direction des applications militaires) en ai fait des tonnes sur sa vocation dédiée à la bombe et en affirmant que l’installation de Barp (Gironde) est quasi opérationnelle, on peut le comprendre, car il s’agit pour eux d’obtenir leur budget (déjà 7 milliards, en route vers les 10 milliards d’euros). Mais que le chef de notre gouvernement se soit prêté à cette mascarade nous semble plutôt déshonorant.

fusionRappelons d’abord pourquoi cette « simulation » et même cette course à la fusion contrôlée sont une chimère : outre les critères draconiens de LAWSON, le problème central est l’absence de connaissances fondamentales soulignée par le Haut Commissaire du CEA en 2001, dans son rapport à l’académie des sciences:

“La fission a pu se développer grâce à la linéarité des phénomènes… Par contre la fusion thermo nucléaire est un phénomène fondamentalement non linéaire, et ceci vis à vis de toutes les fonctions physiques en jeu. [Dit simplement, ce qui ce passe dans le magma du plasma est imprévisible]. Elle ne peut être comptée parmi les sources industrielles d’énergie, il s’agit plutôt d’un sujet d’étude physique important” Ce point de vue prophétique  est pourtant systématiquement oublié avec une approche technologique qui coûte très cher, et qui ne semble pas très productive pour autant.

Un physicien du CEA-DAM, G.GOSSELIN (2) avait apporté une confirmation éclatante des propos du haut commissaire, dix ans après :”Traditionnellement les données nucléaires considèrent une interaction entre une particule incidente et un noyau qui se déroule indépendamment de l’environnement où se trouve le noyau. Cette approximation est le plus souvent pleinement justifiée. Toutefois elle se trouve mise à mal si le noyau se trouve dans un plasma“. Et, “l’effet de la présence du noyau au sein du plasma ne se limite pas à modifier sa désexcitation… Des phénomènes physiques nouveaux (qui ne se produisent pas sur un noyau isolé) peuvent modifier sa désexcitation ou même l’exciter par interaction avec les éléments constitutifs du plasma“. Une nouvelle physique fondamentale est nécessaire.

Après une débauche de moyens technologiques particulièrement onéreux, des pistes de recherche tout azimut,  le dernier numéro de « CHOCS » revue scientifique du CEA-DAM (3) aborde enfin cette lacune scientifique fondamentale, puisque l’on ne peux pas extrapoler les phénomènes élémentaires de physique nucléaire ou même de la physique des solides (et du plasma) vers la compréhension microscopique de la matière.

Nous autres biologistes nous savons que la connaissance très pointue du comportement d’une cellule vivante isolée, et surtout de sa membrane externe porteuse de milliers de récepteurs (et émetteurs) protéiques, est inopérante pour comprendre les mêmes comportements quand elle est à l’intérieur de son réseau :

On peut ébaucher l’échange de signaux entre deux cellules, mais si on introduit une 3ème, les interactions entre ces 3 cellules connectées sont si complexes que même le super calculateur « penta flops » ne peut les appréhender. Il a fallut inventer une autre biologie basée sur l’hermétisme des systèmes complexes.

G. Blanchon et al (4) ne dit pas autre chose dans « la problématique commune à de nombreuses branches de la physique quand à la prise en compte de la modification du comportement des nucléons (c’est à dire les particules élémentaires, NDLR) lorsqu’ils sont au sein du noyau. Problème qui ne trouve déjà plus de solutions analytiques dès que l’on dépasse 2 nucléons »

J. Clérouin confirme dans son éditorial (5) : « Décrire la matière à partir des premiers principes n’a été possible que grâce à une écriture permettant de transformer le problème quantique à N corps (ce qui est la base même de la matière, NDLR) impossible à résoudre exactement au delà de l’hydrogène (avec un noyau constitué d’une seule particule, le proton, et un électron en périphérie, NDLR).

Il a fallut créer une configuration plus simple en ne faisant intervenir que la densité électronique totale du système (pris globalement comme un système complexe, NDLR). Cette réécriture, connue sous le nom de la théorie de la fonctionnelle de la densité, a conduit au calcul ab initio des propriétés de la matière condensée.

Cette approche n’est cependant pas dépourvue d’approximations diverses ». L’idée de base consiste à créer un point zéro où tous les électrons seraient libres, non corrélés, et auraient comme expression unique leur densité collective.  On peut ainsi ensuite introduire des paramètres précis (comme l’interaction électrique, le magnétisme, etc.) et essayer de comprendre leurs rôles dans la réalité matérielle.

Sans rentrer dans les détails de tous les remarquables travaux cités dans ce numéro, Il faut ici souligner deux évènements fondamentaux :

-       Après 15 ans de délire technologique, le CEA accepte le rôle primordial d’une physique théorique nouvelle qu’il faut inventer en priorité !

-       La simulation de l’explosion des bombes nucléaires, ou même la simulation d’une fusion contrôlée devient plus simplement « la simulation ab initio », c’est à dire une étape dans la compréhension microscopique des systèmes nucléaires.

QUE RESTE-T-IL DES AMBITIONS PREMIÈRES DU LASER MÉGAJOULE ?

Hors l’incantation rituelle faite à chaque étape invoquant « la simulation des essais nucléaires », il ne reste pas grand’ chose. Par contre, le glissement vers l’étude théorique des mystères de la physique des matériaux est lui tout à fait prometteur.

A ce stade, nous devons répondre à 2 questions cruciales :

1-    Quelle est notre responsabilité dans la poursuite acharnée du mythe de la simulation des essais nucléaires à BARP ? (simulation qui existe bel et bien mais ailleurs, surtout à VALDUC, avec la collaboration britannique) Nos protestations aussi multiples qu’indignées n’aboutissent-t-elles pas à renforcer la crédibilité de cette légende militaire, qui nous coûte si cher ?

2-    Que va-t-on faire du laboratoire de BARP comme du parc des super calculateurs, tous sous tutelle militaire ? Va-t-on suivre la route  tracée par le laboratoire de Livermore (USA)  qui devant les échecs répétés du NIF (le laser mégajoule  américain) évolue vers un statut de « prestataire de service » avec comme premier client… le CEA Dam ! Faut-il changer notre fusil d’épaule et réclamer la mise à disposition totale pour les physiciens nucléaires et des solides de cette installation ?

Un besoin de clarification dans nos objectifs et nos moyens d’action est nécessaire, nous ne pouvons plus être complice de cette mystification.

BIBLIOGRAPHIE

1-    MEDECINE ET GUERRE NUCLEAIRE, N°4, 2003; N°1, 2004; N°2,2004. N°5, 2005.

2-    GOSSELIN G. Le noyau dans le plasma: vers des données nucléaires d’un nouveau type. Chocs, 2011, 40, 11

3-    CHOCS. La simulation ab initio, 46, novembre 2014

4-    Blanchon G, Dubray N, Ebran JP et al, Description microscopique des systèmes nucléaires, CHOCS, 46,2014, p 45/57

5-    Clérouin J. Editorial, présentation du thème, CHOCS, 46, 2014, p2

6-    Behar A, LASER MEGAJOULE: LE RÊVE DE LA FUSION CONTRÔLÉE DE PLUS EN PLUS ÉLOIGNÉ DE LA RÉALITÉ.   MGN, N°3, 2012

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