Le 19ème congrès de l’IPPNW à Bâle en août 2010

PRIORITE A L’INNOVATION SCIENTIFIQUE.

KiKK studyCe qui a dominé le congrès reste son extraordinaire niveau scientifique et sa grande capacité innovante. Nous avions modestement introduit le virus scientifique lors du congres de l’IPPNW à Paris avec la célèbre cession sur les faibles doses pilotée par CHRISTIAN CHENAL, mais nos amis Suisses on réalisé un véritable feu d’artifices.

Tous les congrès de l’IPPNW comprennent toujours un volet “action”, avec la stratégie les objectifs les programmes, et un volet “expertise” qui fait le point sur les connaissances bien établies et utiles dans notre action. Mais il s’est agit d’autres choses à Bâle, c’est l’exposé de données ou d’idées nouvelles qui étaient privilégiées.  L’IPPNW a donc d’abord définit sa stratégie pour 2 ans ainsi que ses programmes;
- La campagne “ICAN” est maintenant minutieusement différentiée selon les pays, par exemple pour les 140 pays favorables à l’adoption d’une convention pour l’élimination des armes nucléaires et qui doivent le concrétiser par le vote de leurs parlements. L’action est évidemment différentes dans les quelques pays qui ne se sont pas prononcés sur cette question. Enfin le congrès a adopté  pour les 30 pays hostiles à la convention une stratégie commune pour rassembler l’opinion publique dans de vastes coalitions et forcer leurs gouvernements à changer de positions. Parmi ceux-ci, le gouvernement le plus férocement contre est le notre : et la proposition de campagne populaire de l’AMFPGN pour la fin de l’alerte atomique a été favorablement intégré dans cette stratégie différentiée. Plus que jamais, et en s’appuyant sur les premiers succès apparu dans la résolution de l’ONU pour la révision du TNP, notre association internationale, en coalition avec d’autres ONG reste à la pointe du combat; La tenue d’une session spécifique des “maires pour la paix”à l’intérieur du congrès, les interventions de “global zéro” et de “Pugwash”, montrent que cette campagne est commune pour de très nombreuses ONG.
- D’autres programmes ont aussi bénéficié d’une réactualisation, et il y a eu aussi des propositions nouvelles, parmi elles, la très innovante idée de MICHELE PAOLANTONIO, président de l’association sœur de l’Italie: S’inspirant du relatif succès de la création d’une zone dénucléarisée pour l’océan arctique, il propose de faire de la mer Méditerranée une zone dénucléarisée. Notre ami, élu par ailleurs président de la commission méditerranée à l’unanimité, ne sous estime pas les difficultés du projet, mais il en attend un effet immédiat sur les mouvements actuellement dispersés autour des bases atomiques comme Toulon, La Sardaigne, Sébastopol, Antalaya, etc.… Cela permettrait d’unifier ceux qui luttent soit contre les bases nationalement identifiées (US, Russes,  Françaises), celles de l’OTAN, les bases clandestines, mais aussi ceux qui se mobilisent pour une zone dénucléarisée au Moyen-Orient, pour une Afrique du Nord restant en dehors des manœuvres atomiques des grandes puissances ou pour ne plus être le réceptacle des déchets radioactifs de l’Europe.
Mais ce qui a dominé le congrès reste son extraordinaire niveau scientifique et sa grande capacité innovante. Nous avions modestement introduit le virus scientifique lors du congres de l’IPPNW à Paris avec la célèbre cession sur les faibles doses pilotée par CHRISTIAN CHENAL, mais nos amis Suisses on réalisé un véritable feu d’artifices, voici quelques exemples pour en juger :

1- JEAN FRANCOIS VIEL avait raison !
Nous nous souvenons encore de l’incroyable lynchage politico médiatique qu’avait subit notre collègue en 1990 après la publication de son étude épidémiologique autour du centre de retraitement de LA HAGUE (1), et qui démontrait une augmentation de la prévalence des leucémies infantiles.
Cette attitude de dénégation absolue en France s’est répandue à travers le monde, en étouffant au fur et à mesure les études qui allaient dans le même sens. Cette vague n’a pas épargné l’Allemagne et le dogme de l’innocuité des rejets légaux a eu la vie dure jusqu’en 1997. C’est de l’intérieur du collectif de scientifiques favorables au dogme qu’est venue la révolte; puisque les doutes continuaient à s’exprimer, il fallait en finir une fois pour toute, en faisant une étude épidémiologique monstre autour de toutes les centrales allemandes, avec 2 méthodes statistiques : la technique du cas/contrôle utilisée par Viel et une étude d’impact selon la géographie, c’est à dire à partir du point zéro autrement dit de la centrale et jusqu’ à 12 et même 15 Km de rayon. Cette étude s’est appelée KiKK (cancer de l’enfant autour des centrales nucléaires). Le résultat a tout simplement contredit les présupposés négationnistes. Le statisticien Körblein et l’épidémiologiste Hoffmann qui a fait la présentation des conclusions à Bâle, ont signé un article retentissant (2) qui démontre, à partir de cette vaste étude :
- L’excès de risque relatif des leucémies mortelles des enfants de moins de 5 ans est indiscutable et considérable.
- Que cet excès est majeur près de la centrale, et quasi absent au delà de 5 Km, ce qui désigne sans conteste la raison de cet excès de risque.
- Que les rejets légaux (avec ou sans rejets accidentels), tout radionucléide confondu, et toute voie d’externalisation confondue (air, eau, sol), indépendamment de toute évaluation de doses, sont la seule cause crédible de cet excès de mortalité, et donc de cet excès de prévalence des leucémies des enfants de moins de 5 ans;
C’est donc sur une base épidémiologique indiscutable que nous sommes légitimés dans notre action médicale avec les mouvements populaires concernés:
Les rejets radioactifs, civils ou militaires, même réglementés, ne sont pas anodins.
Un premier pas vers leur diminutions serait un contrôle indépendant de l’exploitant des rejets et à terme, l’obligation de les confiner.
2- Les maladies radio induites ne sont pas strictement liées à la dose, et il n’y a pas que l’ADN comme deus ex machina.
C’est doses de rayonnement absorbées, en général “estimées” et “moyennées”  ,ne reflète pas la réalité puisque la distribution de doses est toujours hétérogène (3).
L’analyse des maladies non cancéreuses radio induites sont de façon majoritaires liées aux radicaux libres et à leurs effets spécifiques sur les membranes biologiques (4), fait majoritairement reconnu par le congrès. Mais c’est la notion d’un deuxième facteur nécessaire pour déclancher plus précocement la maladie qui a retenu l’attention des collègues. Le remaniement des facteurs de risques classiques en étant une des conséquences. Notre action en faveur des vétérans de l’AVEN comme celles en faveur de tous les travailleurs du nucléaires (surtout les intérimaires), est ainsi validée dans nos réclamations de justice à leur égard, et confortés par là même.
3- Les “HIBAKUSHAS” n’en ont pas fini avec les effets délétères retardés de la bombe :

peinture d'un hibakusha

peinture d'un hibakusha

Au delà de l’étude LSS de référence (5) qui ne s’intéresse qu’à la mortalité, les scientifiques japonais d’Hiroshima apportent 2 constations nouvelles et donc 2 correctifs importants, en se basant sur la morbidité et donc sur la prévalence car aujourd’hui, la mortalité est devenu une unique conséquence des échecs thérapeutiques, la moitié des cancers et leucémies est globalement curable.
- Il existe un second pic actuel de leucémies tardives de l’adulte, toujours à dominante lymphoblastique, mais inattendu selon les dogmes actuels : pour les lois françaises, le pic se situe exclusivement entre 3 et dix ans après l’exposition. Ce qui est encore plus inquiétant, les cancers multiples, c’est à dire histologiquement différenciés les uns des autres, ont une incidence élevée parmi les derniers survivants d’Hiroshima et Nagasaki, surtout chez ceux qui ont reçu des faibles doses estimées. C’est un phénomène rare mais en progression en Europe. Cette prévalence élevée est en faveur de l’hypothèse de l’instabilité génomique comme explication du chaînon manquant (3).
4- Les essais nucléaires chinois sont aussi toxiques pour la population que les autres: “l’exception chinoise” qui a remplacé “l’exception française” n’existe pas plus.
Comme nous l’avons développé dans notre revue (6) les tests nucléaires de LOP NOR dans le XINJIANG mettent en péril encore aujourd’hui le peuple OUIGHOUR , majoritaire sur les lieux comme les HANS qui vivent sur les relais célèbre de la route de la soie. Une étude régionale des effets des tests atomiques sur la population, la même que nous réclamons pour la Polynésie et le Sahara, serait nécessaire, mais chose curieuse, le gouvernement chinois s’y oppose, cela ne vous rappelle rien?
Voici donc quelques exemples de ces avancées scientifiques parmi d’autres, on peux citer aussi:
-

carriere_uranium_niger

carriere_uranium_niger

La santé publique et les mines d’uranium à ciel ouvert. Il s’agit ici du NIGER, ce qui nous concerne puisque le maître d’œuvre est AREVA. Nos confrères Touaregs ont montré la particularité spécifique et nouvelle lié au caractère itinérant de leur peuple, obligé de transiter dans cette zone et d’utiliser l’eau des puits pollués, dépassant ainsi nos connaissances sur les effets vérifiés pour une population stable (7).
- Le syndrome post traumatique (PTSD en anglais) avec une vision différente de la notre; ce syndrome est pour nous la forme extrême et de pronostic sombre sans traitement dans le continuum des souffrances liés à une agression aigu ou chronique d’une population de victimes, et ceci en dehors des lésions physiques, autrement dit, c’est l’absence de résilience faute d’un traitement précoce et efficace qui expliquerait l’existence de cette forme grave de stress. Pour les experts suisses, ce syndrome est toujours grave mais il est indépendant du traumatisme collectif ou individuel psychique, la recherche de la résilience souvent en échec, car il y a un support biologique et clinique (par exemple des antécédents de fragilité psychique) différents. Avec nos collègues palestiniens et algériens, nous devrons en tenir compte.
- Modifications du climat et risques nucléaires: On est passé du modèle défendu par IRA ALPHAND, y compris dans notre journal (8) à une notion différemment ciblée, en dehors de la conjonction, guerre nucléaire locale accidentelle et réchauffement climatique en lien avec la famine. Pour nos amis suisses, c’est dans l’intrication entre changement climatique lié à l’activité humaine et la prolifération nucléaire qu’il faut situer nos propositions. Ils estiment que la prévention des catastrophes à venir réside avant tout dans les changements de comportement de chacun d’entres nous maintenant et dans une étroite liaison pour nos objectifs, entre ces 2 processus menaçants.
- Une nouvelle méthodologie pour analyser la crise est possible en économie.
A partir d’analyses proches de celles de SAMIR AMIN (9), des théoriciens américains et suisses proposent un autre modèle pouvant se substituer à l’actuel ( crise financière? crise économique? crise sociale? conflits ) Ils estiment que l’instabilité sociale avec ses violences et ses régressions est l’aspect principal, les différents marqueurs de la crise capitaliste (Pib, Dettes, échange inégal de marchandises, mouvements financiers autonomes) sont autant de moyens représentatifs pour juger des conséquences de la crise.
Il y aurait tant d’autres choses à dire… Mais déjà cette prodigieuse moisson, c’est à nous de la faire fructifier.

bain dans le Rhin à BaleBravo pour nos amis suisses, et en particulier ANDY NIEDEKER et MICHEL FERNEX, bravo pour nous rappeler nos devoirs premiers de praticiens de la santé : on ne fait pas de thérapeutique ou de prévention sans un diagnostic solidement établi, et si possible avec une base scientifique. Merci enfin de nous avoir redonné notre enthousiasme pour notre action , à l’intérieur de la communauté médicale et scientifique. A nous de mettre toutes ces avancées au service de notre peuple, au service de tous ceux qui luttent pour l’élimination totale des armes nucléaires.
PS. Le prochain congrès de l’IPPNW aura lieu à Hiroshima en 2012, au moment de l’anniversaire de sa destruction nucléaire et dans la ville où le maire est la cheville ouvrière  de l’organisation “MAYORS for PEACE”.

BIBLIOGRAPHIE:
1- VIEL JK, RICHARDSON ST, Childhood leukemia around LA HAGUE nuclear waste reprocessing plant, British Med. J. 1990, 300, 560-581
2- KORBLEIN A, HOFFMANN W, Child hood cancer in the vicinity of german nuclear power plants, Arch. Env. O ccup. Health, 2006,3,61,109-114
3- BEHAR.A, CHRONIC LOW DOSES RADIATION Why induced reactive oxygen species have a role in cardiovascular diseases ? MGN, 2010, 25,8-13
4- BEHAR A., la radiobiologie a changé de base, les effets à long terme des rayonnements ionisants revisités. Bull. Ac. Med. Belgique, 2008,163,3-4, 133/143
5- PRESTON et al, Study of mortality of atomic bomb survivors report 13 solid cancer and non cancer disease mortality Rad. Res. 2003, 160,4, 381/407.
6- .BEHAR A, LA Chine; attention! une catastrophe peut en cacher une autre , MGN, 2008 2,23, 6-9
7- .BEHAR A, Chassez le naturel… Pourquoi on reparle du radon? MGN, 2009, 24,1,7-8
8- HELFAND I. Une guerre nucléaire limitée peut donner une famine pour toute la planète, MGN, 2009 ;24, 2, 4-7
9-  AMIN Samir, MASSAOUI Rosa, le nouveau défi de l’internationalisme des peuples, MGN, 2008, 23,4, 4-7.

Laisser un commentaire

Nuage
Evènements à venir

  • 14.09. - 30.12.2016 |
    Spectacle “A-DEMOCRATIE” de et par NICOLAS LAMBERT
    » En savoir plus «