LE CORPS MÉDICAL EN CAS D’ACCIDENT NUCLÉAIRE GRAVE (civil ou militaire)

A QUOI PEUT DONC SERVIR LE CORPS MÉDICAL EN CAS D’ACCIDENT NUCLÉAIRE GRAVE (civil ou militaire) ?

[ Compte rendu de la réunion –débat organisée par la société régionale de santé publique, NANCY; le 29 février 2012 ]          A.BEHAR
centrale nucleaire de Cattenom

centrale nucleaire de Cattenom

Notre collègue le professeur Serge Briançon, en lien avec nos confrères adhérents de l’AMFPGN de NANCY, avait bien fait les choses: Il a réuni un panel de spécialistes experts de haut niveau et Il a parfaitement conduit la discussion avec nos confrères généralistes présents.

J’ai pour ma part, expliqué les aspects médicaux fondamentaux des effets délétères de la radioactivité sur les tissus humains.

Ceux ci se divisent en effets ciblés, proportionnels à la dose reçue et regroupés sous le vocable “maladie des rayons”, et les effets non ciblés, uniquement biologiques, qui sont le modus operandi des maladies radio induites. Dans les deux cas, l’irradiation comme la contamination sont toujours inhomogènes, c’est dire la nécessaire méfiance devant tout raisonnement autour des doses “moyennes”.

La Dr. Brigitte Lacroix a brillamment décrit les différents plans prévus en cas de catastrophe nucléaire civile ou militaire,. Ces plans administratifs de nombreuses couleurs chatoyantes sont sous la responsabilité du préfet et du gouvernement en lien avec l’Autorité de sûreté nucléaire. Même la distribution d’iodure de potassium, utile pour certains groupes à risques pendant un laps de temps court (maximum 6 heures après l’accident), ne prévoit pas d’intervention du corps médical en général, pas même comme supplétif de l’administration.
Le Dr. Yves Conti, médecin du travail à CATTENOM, nous a décrit son rôle dans la prévention des accidents et ses liens avec l’extérieur quand ceux ci existent. Il nous a aussi longuement parlé de son rôle de formateur et d’éducation à la culture de sécurité et de sûreté dans la centrale nucléaire.
Le Dr. Philippe Sattonet urgentiste à Thionville, avec maestria et à l’aide de mots simples a su nous faire partager sa pratique quotidienne en zone contaminée depuis la prise en charge sur les lieux des blessés jusqu’à la table d’opération en chirurgie. Il nous a fait part aussi de sa perplexité devant les différents plans administratifs prévus en cas d’accident grave. Il s’agit pour lui d’un changement de paradigme et une très grande différence avec sa pratique actuelle en routine. S’il a actuellement l’organisation et le matériel suffisants pour quelques victimes, en cas d’accident grave, il a la certitude de l’inefficacité du système actuel. Il s’est aussi félicité du changement du principe de base des secours, aujourd’hui il est admis que les soins d’urgences passent avant la décontamination, et non le contraire comme dans le passé, ce qui contribue à une meilleure prise en charge des blessés.
Nos confrères généralistes ont posé de nombreuses questions avec un modèle en tête: l’épisode peu glorieux de la vaccination contre le virus de la grippe H1N1, où le corps médical était tenu à l’écart, et où l’appel tardif aux généralistes s’est traduit par un flop retentissant. Leur réaction devant l’exposé des plans administratifs, comme la perception d’un univers clos qui les exclus est restée très vive.
La conclusion est simple: si l’exemple de FUKUSHIMA est dans toutes les têtes, rien n’a changé dans la prise en charge d’événements de ce type, même si leur intensité est moindre. Dans tous les cas, le corps médical n’entre pas dans le schéma hormis quelques experts.
L’AMFPGN ne peut que féliciter S.Briançon pour cette initiative, épaulée par quelques confrères adhérents. Nous en tirons une conséquence immédiate d’action:
L’organisation d’un colloque à Paris uniquement centré sur une unique question : quel rôle les agents de santé pris dans leur globalité peuvent et doivent jouer en cas de catastrophe accidentelle nucléaire, civile ou militaire?

Compte tenu de l’état actuel des plans administratifs, nous avons la lourde responsabilité de proposer (avec d’autres) des réponses en lien avec l’expérience actuelle de nos consoeurs et confrères japonais dans le nord de leur pays.
Lire aussi l’article en anglais du Dr Alex Rosen, membre de l’IPPNW Allemagne :

Effects of the Fukushima nuclear meltdowns on environment and health March 9th, 2012

Dr. med. Alex Rosen, University Clinic Düsseldorf, Department of General Pediatrics

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