LES DECHETS NUCLEAIRES FRANÇAIS, OU LE MIRACULEUX CONTE DE NOEL.
LES DECHETS NUCLEAIRES FRANÇAIS, OU LA TRANSFORMATION D’ORDURES DELETERES EN MIRACULEUX CONTE DE NOEL.
De nombreux adhérents de l’AMFPGN s’efforcent de trier leurs ordures ménagères en toute responsabilité citoyenne. Papiers, plastiques et verres sont soigneusement séparés du reste inclassable. Mais en vidant ces différentes catégories de déchets dans les poubelles aux couleurs chatoyantes et variées, ils ne changent pas pour autant le qualificatif global “d’ordures ménagères “.
Mais s’ils accomplissaient le même geste pour les déchets nucléaires, en séparant les diverses catégories (selon le système A, B, C ou selon les 4 dénominations internationales, décrites plus loin), ils se découvriraient faiseur de miracle : les déchets non recyclés, ” inclassables ” cessent d’être des déchets et deviennent des ” matières potentiellement valorisables”. C’est ainsi, selon la légende, par la volonté supposée du seigneur, par un petit matin de vendredi saint, et par un simple changement de patronyme, le lapin devint carpe. Nous allons vous narrer ici ce délicieux conte de Noel.
D’où viennent les déchets nucléaires?
Avant même l’existence des centrales nucléaires, ces déchets étaient le produit de la mise en place puis de la multiplication des armes nucléaires. Depuis les sources militaires se sont diversifiées en produisant d’autres déchets en plus, liés à la maintenance des ogives atomiques comme à VALDUC. Puis d’autres activités engendrant chacune une augmentation de ceux-ci dans les 29 installations nucléaires de base secrètes (INBS), comme le stockage de combustible usé, des réacteurs en voie de déclassement, etc.…
De plus, la propulsion nucléaire des sous- marins et du porte-avion Charles De Gaulle, entraine aussi un rejet de combustible usé et de réacteurs en fin de vie. Le secret militaire trop partiellement levé empêche tout bilan exhaustif de la quantité exacte des matériaux radioactifs tout particulièrement dans les 3 ports: Brest, Toulon et Cherbourg, et donc toute évaluation de l’impact sur l’environnement local. Il faut par ailleurs aussi tenir compte des déchets de faible activité très abondants comme à l’Île Longue, la base des sous-marins lanceurs d’engin en Bretagne, ainsi que les rejets ± légaux du tritium par la majorité des IBS. Il serait injuste de ne pas signaler des efforts sincères de transparence comme à l’arsenal de Cherbourg, et comme la création de quelques comités d’informations autour des INBS.
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L’exploitation civile de la radioactivité reste néanmoins la source principale de ces déchets avec au premier rang les centrales nucléaire. Il nous faut d’abord rappeler ici le “cycle” ou plus exactement la chaine de l’utilisation de l’uranium décrite par l’ACRO de la mine à l’entreposage (1). L’uranium naturel, essentiellement importé d’Afrique (Niger, Tchad, Nigeria, pas un gramme n’est extrait du sol français), est pour l’essentiel de l’uranium 238 avec 0,7% d’uranium 235 ce dernier est le seul utile puisque le seul fissile. Nous avons déjà décrit dans MGM les techniques d’enrichissement (voir le site “amgpgn.com”) au taux de 3,5 à 5%, pour le civil, et pour l’armement nucléaire au taux de 85 à 90%. Tout ceci est bien connu de nos lecteurs (3), l’élément nouveau qui motive cet article est le rapport du 12 juillet 2010 du haut comité à la transparence et à l’information sur la sureté nucléaire (HCTISN) (2). Ce rapport précise de façon chiffrée ce qui existe en principe: pour les trois dernières années on a utilisé 8100 tonnes d’uranium enrichi, mais les 7000 tonnes d’uranium appauvri (UA) restantes ne sont pas étiquetées déchets mais “stock stratégique”. Même si certains critiquent ce chiffre comme en dessous de la réalité (1), il convient de s’interroger sur l’utilisation de ce stock stratégique.
Une petite partie est prélevée pour faire du MOX, c’est-à-dire mélanger 91,5% d’oxyde d’uranium appauvri avec 8,5% de plutonium, pour alimenter 22 réacteurs sur 58. Le reste des réacteurs produisent un combustible usé constitué d’un peu de plutonium et divers autres radionucléides et surtout de l’uranium 238 avec 0,8 à 0,9% d’uranium 235. Après retraitement cet uranium ne porte pas le nom d’UA, mais “uranium de retraitement”, il ne constitue pas non plus un déchet! Sur 800 tonnes d’uranium de retraitement, 300 sont envoyées en Russie (à TOMSK) pour être ré enrichies, et les 500 tonnes restantes rentrent dans le “stock stratégique”.
Finalement, qui a le droit de s’appeler “déchets de haute activité”? Le combustible usé après une seule utilisation pour le MOX et l’uranium ré enrichi, et après un deuxième tour pour l’uranium enrichi standard. La magie du retraitement à LA HAGUE en Normandie réside dans sa capacité de transformer une montagne de déchets hautement radioactifs en produit noble, c’est-à-dire en matière potentiellement valorisable, au coté du plutonium extrait, et rangé dans le stock stratégique. Cette montagne accouche de temps en temps d’une souris qui mérite enfin la dénomination de déchets. Toutes ces pratiques autour du retraitement n’ont pas comme seul but la dissimulation, elles permettent surtout un trafic juteux international.
La loi française interdit le stockage sur le territoire national des déchets étrangers, mais autorise sans problème celui des “matières valorisables”, il n’y a nul besoin de se cacher grâce à ces changements de dénominations.
De quoi parle-t-on sous le vocable “déchets nucléaires”?
Nous avons souvent évoqué dans la revue l’ancienne classification en A, B, C en partant des substances les plus vers les moins radioactives. L’autorité de sûreté nucléaire, lui a substitué la nomenclature internationale: chacune nécessitant une gestion différente :
- les déchets de haute activité (HAVL) et les déchets de moyenne activité et à vie longue (MAVL) : ce sont principalement les déchets issus du cœur du réacteur, hautement radioactifs ; et dont la radioactivité reste notable pendant des centaines de milliers, voire millions d’années (mais pas à un niveau “hautement radioactif” – à échelle géologique, ces déchets se transformeront en “faible activité vie longue” (FAVL)).
- les déchets de faible et moyenne activités à vie courte (FMA-VC) : ce sont principalement les déchets technologiques (gants, combinaisons, outils, etc.) qui ont été contaminés pendant leur utilisation en centrale ou dans une installation du cycle. Leur nocivité ne dépasse pas 300 ans.
- les déchets de très faible activité (TFA) : ce sont principalement des matériaux contaminés provenant du démantèlement de sites nucléaires : ferraille, gravats, béton… Ils sont peu radioactifs mais les volumes attendus sont plus importants que ceux des autres catégories.
- les déchets de faible activité à vie longue (FA-VL) : ce sont principalement des déchets radifères et les déchets graphites. Les déchets radifères sont issus de l’industrie du radium et de ses dérivés, mais aussi de l’extraction des terres rares. On pourrait rajouter les “stériles” des mines d’uranium abandonnées en France, actuellement “hors catégories”. Nous allons à partir de cette classification essayer de démêler la réalité et la fiction.
Où il est question d’un conte de Noel et ce qu’il en advint.
Le dernier rapport exhaustif établit par l’ANDRA, organisme public chargé de la gestion des déchets nucléaires, date du 22 novembre 2002, avec des prévisions jusqu’à 2020. Ce rapport sépare soigneusement les 10 350 tonnes de combustibles irradiés, les 520 tonnes de MOX (mélange d’oxyde de plutonium et d’uranium appauvri), les 150 tonnes de combustible uranium de retraitement (venant de Russie) et les 48 tonnes de plutonium soit au total 11 068 tonnes, de ce qu’il faut bien appeler déchets HAVL soit 31 223 tonnes. C’est à ce stade que l’ANDRA à une idée géniale, elle exprime dans son rapport cette quantité en volume bien plus parlant eut égard à la forte densité des HAVL. On obtient ainsi le chiffre de 1639 m³, autant ne dire rien, de quoi à peine remplir une piscine olympique. Il n’y a donc aucun problème de déchets atomiques en France. Dormez en paix brave gens au son des clochettes de notre bienveillant père Noel ANDRA, et n’écoutez pas ces râleurs scientifiques tous de mauvaise augure. Certes, il y a quelques détails en plus: les 45 359 m³ de MAVL, les 44 669 m³ de FAVL, les 778 322 m³ de FMAVC et les 108 219 m³ (à multiplier par 5 en 2020) de TFA. On peut aussi oublier les 220 000 tonnes d’uranium appauvri et les 16 000 tonnes d’uranium de retraitement tous stratégiques et donc hors sujets. S’il reste quelques curieux pour s’interroger sur ces détails de l’histoire, la réponse est toute prête: malgré le désastre allemand d’Asse (voir le dernier numéro de MGN) et Gorluben, ces quelques déchets de plus (plus de 2 millions de tonnes), on les enfouira à Bure à la grande joie des indigènes locaux. On ne va pas chipoter pour si peu! Certains esprits chagrins peuvent déplorer le coté excessif de l’utilisation des baguettes magiques, et l’entreprise laborieuse pour transformer un cauchemar angoissant en rêve moelleux et rose. La France a le record du monde pour le nombre de tonnes de déchets nucléaires par habitants ( plus de 2 kilo!), Mais on peut encore dissimuler ce triste record, par exemple, si vous réussissaient à vendre des déchets pour extraire des terres rares, cela marche aussi, le tas d’ordures radioactifs se transforme en matériau noble valorisable! Il convient à ce stade de ne pas laisser de coté un facteur majeur de tout conte émerveillé autour de Noel, le seul ingrédient qui compte, l’espérance, qui illumine nos cœurs. Cette espérance existe braves gens, elle s’appelle le nucléaire de quatrième génération. Ce sont les espoirs centrés sur la fusion nucléaire, qui va supprimer tous ces petits inconvénients et nous faire rentrer dans la merveilleuse époque des “mininukes” et de l’énergie nucléaire sans déchets.
C’est la génération des neutrons rapides, la résurrection de Superphénix et la transformation du stock stratégique en fabuleux trésor. Honte et malheur pour ceux qui doutent comme nous, dans le dernier numéro de MGN, à propos de la faisabilité de la fusion nucléaire contrôlée.
Les déchets atomiques et la santé.
Civils ou militaires, carpes ou lapins, pour nous médecins, il s’agit toujours de radio toxiques (et pour certains radionucléides, des poisons chimiques). Si à l’AMFPGN nous sommes concernés par l’accumulation de déchets et leurs fuites inéluctables dans l’environnement avec contamination de l’eau, du sol et des végétaux, c’est parce que la cible unique est la santé publique. La lutte contre les poisons qui est à la base de notre métier se heurte ici à un problème spécifique: on peut diluer la radioactivité, on peut accélérer sa sortie du corps humain, mais seul le temps, appelé ici durée de vie, peut transformer les fortes doses en faibles doses. La diminution biologique est notre instrument suprême, mais la diminution temporelle est la loi incontournable pour l’atténuation physique du phénomène.
Malheureusement le temps qui compte pour nous n’est pas cosmique ou géologique mais uniquement humain, ici et maintenant. Si nous déplorons les accidents qui projettent ces déchets dans notre milieu de vie, nous sommes aussi concernés par les rejets “légaux” civils et militaires, qui ont inéluctablement des conséquences toxiques pour les humains, même s’il s’agit de Tritium et encore plus, de plutonium. La situation en France n’est pas du tout aussi dramatique que celle d’Ukraine et de Biélorussie autour de Tchernobyl, ou celle de SEMIPALATINSK ou du NEVADA, mais l’extension et l’élévation des radionucléides même à faible doses, constituent de fait un vrai problème de santé. Rappelons ici que tout le monde n’est pas à la même enseigne dans l’hexagone, non seulement parce que les sources sont inégalement réparties, mais parce que la radioactivité est par essence inhomogène .Les vecteurs physiques, et surtout biologiques (végétaux et animaux) sont tous adaptés à des conditions particulières (régime des eaux par exemple et en biologie le métabolisme des plantes qui vont capter et concentrer tel radionucléide et pas tel autre, de même les animaux et finalement les hommes).
Sans négliger les accidents avec leurs cortèges de maladies aigües radiologiques, ce sont les effets des faibles doses, objet prioritaire de recherche pour notre regretté ami CHRISTIAN CHENAL, qui font le moteur principal des découvertes en radiobiologie (voir sur le site: amfpgn. Com le chapitre “nouvelle radiobiologie”). Nous ne reviendrons pas sur la question des maladies radio-induites classiques comme les cancers et les leucémies, mais sur un mécanisme biologique préoccupant : l’affaiblissement plus ou moins intense de nos moyens biologiques de défense. Les substances radioactives n’ont pas l’exclusivité de l’agression contre ces moyens, les polluants chimiques ou l’utilisation de drogues comme l’alcool et le tabac, sans parler des maladies comme le diabète ou celles qui entraînent une immunodépression, participent grandement à ces attaques journalières contre nos défenses organiques.
La notion nouvelle s’appelle “deuxième facteur”: Si pour des raisons variées nos défenses sont diminuées à cause d’un agent de ces types de façon chronique et par des faibles doses, une rencontre avec une nouvelle source agressive va faciliter l’apparition de la maladie: Soit par des facteurs génomiques, comme la diminution des antis oncogènes face à une nouvelle invasion d’oncogènes, ou par un nouvel apport de “radicaux libres” sur un endothélium vasculaire appauvri dans ses mécanismes antioxydants. Cet effet de “promotion”, connu dans la genèse des cancers (historiquement dans les cancers du poumon des radiologistes britanniques, décuplés par le tabac), est entrain de s’étendre à tous les autres polluants dans une nouvelle catégorie pathologique: les maladies de l’environnement.
BIBLIOGRAPHIE
1- Le mythe du recyclage des combustibles nucléaires, l’acronique du nucléaire, 91, décembre 2010
2- Rapport de l’HCTISN, http://www.hctsin.fr
3- MGN, 2, 23, 2008






