Les signifiants de la bombe a

Octobre 2009 Revue MGN, n°3, vol. 24

fig1-nagasaki-exposion-fatmanPar Philippe Bujnoczky, Docteur en psychologie

Les signifiants qui entourent et désignent les premières bombes atomiques  forment la constellation d’un univers fantasmatique multidimensionnel. D’une grande richesse et d’une étonnante variété, cette constellation miroite des productions d’un imaginaire débordant. Les signifiants hétérogènes désignant la bombe atomique semblent en effet glisser d’une image à une autre sans ébaucher la structure commune d’un discours. Elément fragmentaire d’un kaléidoscope, chacun de ces signifiants semble surgir davantage du prisme d’un fantasme que du jeu véritable d’une fonction symbolique.

Parmi les signifiants qui entourent et désignent la bombe atomique, l’appellation « projet Manhattan »est sans doute celle qui a dépassé le plus nettement le cercle des historiens pour être auréolée d’un véritable succès populaire.

Choisie comme nom de code, cette appellation désigne la gigantesque entreprise coordonnant les efforts soutenus de plusieurs dizaines de milliers de personnes travaillant de près ou de loin à la fabrication de la bombe atomique.
Ordonné en 1942 à l’insu du Congrès par le Président Franklin Roosevelt, le projet Manhattan a englouti pas moins de deux milliards de dollars, soulignant ainsi la capacité terrifiante de mobilisation et d’investissement mise en œuvre pour la destruction des peuples.
Précisément, l’expression « projet Manhattan » désigne la puissance matérielle américaine visant l’exploitation de l’énergie surpuissante de la matière. Péninsule formant un quartier de New York densément peuplé, Manhattan représente le centre des affaires et avec Wall Street qui s’y trouve, la plus grande place financière du monde. Concentrant les directions des plus grandes sociétés américaines, une part importante des bureaux du pays, et des constructions architecturales  trahissant le gigantisme d’une mégalopole, le quartier Manhattan est l’emblème du plus grand Etat du monde et de la plus formidable puissance matérielle ayant jamais existé. C’est à ce titre que « Manhattan » peut être entendu dans la désignation du projet de construction de la bombe atomique.

D’ailleurs, plusieurs décennies après la mise au point de la première bombe, il subsiste encore des échos à cette puissance matérielle évoquée dans le « projet Manhattan ». Dans le langage courant, « to cost a bomb » signifie coûter très cher ; et « to make a bomb » traduit l’idée de tirer un profit important d’une tâche quelconque.
Dans les communications officielles relatives au projet Manhattan, les responsables politiques, scientifiques et militaires ont employé le nom de code « S-1 » pour désigner la bombe atomique.

Ce nom composé d’une lettre et d’un chiffre pose en lui-même l’équivalence de deux signes radicalement distincts. Les lettres servent en effet à former des signifiants auxquels correspond une myriade de représentations et de connotations tandis que les chiffres ne revoient, en dehors d’un domaine ésotérique, qu’à une valeur numérique dépourvue de puissance évocatrice. Amalgamer ces deux signes hétéroclites traduit notamment l’exclusion d’un signifiant de toute étymologie.
Comblant ce déficit symbolique, l’attribution de ce nom de code laisse échapper une part du réel et des fantasmes ayant déterminé sa conception. En dehors du projet Manhattan, l’appellation « S-1 » désigne parfois une solution mathématique ou un individu statistique et s’inscrit en cela dans le vaste domaine de la recherche scientifique. Précisément, la mise au point de la bombe atomique a mobilisé, sous une direction militaire, les efforts de la plus formidable concentration de prix Nobel en sciences de la matière.
Dans cet ordre d’idée pointant derrière l’apparence d’un caractère arbitraire, les trois principaux centres du projet Manhattan ont été désignés par les simples lettres habituellement attribuées aux inconnues mathématiques : « W » désignait le centre de Hanford consacré à la production de plutonium ; « X » correspondait au complexe industriel d’Oak-Ridge dédié à l’enrichissement de l’uranium ; et « Y » était le nom de code du centre de recherche de Los Alamos où la bombe atomique a été mise au point. Renforçant l’allure scientifique de ce langage codé, « K-25 » et « Y-12 » correspondaient respectivement à la fabrique de gaz et à la centrale électromagnétique du site « X », et « X-10 » désignait un réacteur produisant du plutonium au centre « W ».

En résonance avec ce champ sémantique figeant le discours sur la bombe dans la froideur d’une équation, un vaste programme d’étude scientifique fut lancé après le bombardement d’Hiroshima et de Nagasaki sur les lieux même du drame. Assuré par les services de l’ABCC (Atomic Bomb Casualty Commission), financé par la Commission américaine de l’énergie atomique principalement chargée du perfectionnement de l’arme nucléaire, ce programme consista en une batterie d’examens cliniques menés sur les victimes irradiées, en dehors de toute préoccupation de soin.
Achevant la déshumanisation des rescapés et leur relégation au rang d’objet d’étude ou d’individu statistique, les différentes recherches du programme portaient des noms de code comparables à ceux précédemment repérés : Le projet « PE 18 » était consacré aux victimes âgées entre cinq et dix-neuf ans ; le projet « PE 52 » concernait les enfants dont la mère était dans les trois premiers mois de grossesse au moment des catastrophes atomiques ; le projet « PE 49 » ciblait les enfants se situant à moins d’un kilomètre de l’hypocentre ; « HE 39 » désignait le groupe d’étude sur la leucémie ; « OG 31 » celui sur la stérilité ; « OG 35 » celui des avortements thérapeutiques ; « ME 47 » désignait l’étude des affections oculaires et « SU 59 » regroupait les innombrables victimes présentant des cicatrices et des brûlures. Aucun des enfants, des hommes et des femmes n’a bénéficié de soins dans le cadre de ces recherches.

En marge de ce lexique objectalisant l’être humain, la bombe atomique a reçu un certain nombre de sobriquets dans les milieux initiés au secret défense. Usités dans les conversations quotidiennes, ces sobriquets renvoient, pour la plupart, à une catégorie formelle dépourvue de spécificité. Traduisant l’opacité d’un caractère objectal, la bombe atomique fut appelée « le gadget », « l’accessoire », « le dispositif », « le truc », ou « le machin ».
Ce genre de dénomination, qui tait plus qu’il ne dit, laisse dans l’ombre la terrifiante puissance de destruction de l’arme atomique et ne représente paradoxalement que des signifiants anonymes évoquant vaguement un caractère astucieux ou une utilité incertaine sans rapport avec ce qu’ils sont censés désigner.  Expression d’une neutralité masquant l’ambivalence associée à l’arme nucléaire, ces signifiants soulignent seulement l’existence d’un objet en circonvenant son caractère concret. Le « machin » ou le « truc » ne signifient en effet rien d’autre qu’une présence objectale inaugurant une problématique qui ne cessera d’être attachée à la bombe atomique : Avoir la bombe atomique ou ne pas l’avoir.
Si prégnante dans les relations internationales, cette problématique impose une catégorisation courante opposant les pays possesseurs de la bombe atomique et les pays qui en sont dépourvus. La problématique formulée en termes d’avoir ou de ne pas avoir laisse ainsi place au dilemme et à la tentation d’être ou ne pas être une puissance atomique. Dans le langage des sciences politiques, une dichotomie est en effet opérée entre les « Have » et les « Have not », laissant poindre une différence radicale de statut sur la scène internationale.
*Outre les vocables pointant le caractère strictement objectal de la bombe atomique, deux autres dénominations illustrent le glissement d’une problématique de l’avoir dans celle de l’être par le biais des projections qu’elles sous-tendent. Il s’agit des appellations « Thin Man » et « Fat Man ».

fig4-littleboy_fatman A l’origine, « Thin Man » désignait le premier prototype de bombe à uranium dont la forme élancée, en tube à canon, fut associée à l’allure du président américain Franklin Roosevelt.Par opposition, « Fat Man » désignait le prototype de bombe au plutonium dont l’enveloppe massive et sphérique évoquait les formes rebondies du Premier ministre anglais Winston Churchill. Dans l’esprit des scientifiques de Los Alamos, toute conversation tombée dans l’oreille ou le micro d’un espion, évoquant le « grand mince » et le « gros type », serait interprétée d’une façon erronée laissant supposer une prochaine rencontre entre les deux personnalités politiques.

Dans ce même ordre d’idée, associant l’arme nucléaire au dirigeant suprême d’un pays, la première bombe atomique soviétique, qui explosa à la fin du mois d’août 1949, fut baptisée par les savants américains « Joe I » en l’honneur de Joseph Staline.
Si la bombe atomique est associée au premier représentant du peuple par un mécanisme de projection, la nation, quant à elle, est investie en retour des qualités de l’objet en question. Ce double mouvement articulé sur un mode fantasmatique scelle une identification de la nation à son premier représentant qu’un sempiternel « nous » ne cesse de confirmer. Voici, à ce titre, comment le président Harry Truman a associé la puissance de l’arme atomique à la nation qu’il prétend incarner : « Nous devons nous constituer en dépositaire de cette nouvelle force, afin d’éviter qu’il en soit fait un dangereux usage, et d’en orienter l’utilisation pour le bien de l’humanité. Nous pouvons dire, que nous sortons de cette guerre la nation la plus puissante du monde – la nation la plus puissante, peut-être, de toute l’histoire. » Dans cette optique, les Etats-Unis apparaissent comme le fer de lance d’une humanité éprise de liberté et le projet Manhattan comme un chef-d’œuvre engageant la communauté internationale sous la bannière étoilée.
*A l’appui de cette conviction, le directeur scientifique du projet Manhattan, Robert Oppenheimer, déclara que la mise au point de la bombe atomique « fut d’étrange façon une sorte d’effort international » sous prétexte que des savants étrangers avaient rejoint les équipes américaines. Dans cette logique spécieuse développée par les partisans du projet Manhattan, c’est donc l’humanité entière qui semble engagée dans la construction d’une arme nucléaire miroitant sa diversité.
Dans cet effort semblant réunir la communauté internationale, la bombe atomique apparaît comme le rejeton de l’humanité à travers lequel elle peut se mirer et s’admirer. Conçue à l’image de l’homme, l’arme nucléaire a d’ailleurs été reconnue comme un « bébé » à différents moments de l’histoire.

En juillet 1945, au lendemain de la première explosion d’un engin atomique dans le désert du Nouveau-fig7-trinity_preparationMexique, le secrétaire américain à la Défense, Henry Stimson, fit part à Winston Churchill de ce qui lui semblait être un heureux événement. Dans ses notes, le Premier ministre anglais rapporta les termes de cette annonce : « Stimson posa devant moi une feuille de papier sur laquelle étaient écrits ces mots : ‘Babies satisfactorily borm’ [les bébés sont nés dans de bonnes conditions]. A son air, je vis que quelque chose d’extraordinaire était arrivé. ‘Cela veut dire, expliqua-t-il, que l’expérience du désert du Nouveau-Mexique a réussi. La bombe atomique est une réalité’. » Après la seconde guerre mondiale, le physicien Edward Teller, qui travaillait avec son équipe au projet d’une bombe à hydrogène, désignait lui aussi l’arme nucléaire comme son « Baby. » Assurément, l’attribution de ce nom à une arme capable de meurtrir des populations sur plusieurs générations et, finalement, de mettre en péril l’humanité, traduit la confusion obsédante des pesanteurs de mort et des élans de vie.
Aussi, depuis la première explosion d’un engin atomique en juillet 1945, le « bébé », reflétant le narcissisme de ses concepteurs, a manifestement grandi en même temps qu’un désir de destruction : il est devenu un « petit garçon » pour le malheur des habitants d’Hiroshima. En effet, lorsque les ingénieurs de Los Alamos décidèrent de raccourcir le tube en forme de canon de la bombe à uranium, celle-ci fut désormais appelée « Little Boy » au lieu de « Thin Man ». Et c’est précisément ce « petit garçon », objet de tous les soins et de toutes les surveillances, qui a été largué des soutes d’un avion baptisé Enola Gay en hommage à la mère du commandant du bord.
Mis au monde dans la douleur du peuple japonais, le « petit garçon » est ensuite devenu le « gros homme » dans l’inflation d’un désir de toute-puissance figuré dans la croissance virile et le caractère phallique. Trois jours seulement après la première catastrophe atomique, la bombe au plutonium « Fat Man » explosa au dessus de Nagasaki.
Dans le prolongement de ce caractère phallique, plusieurs signifiants et expressions participent d’une érotisation de la bombe atomique, renforçant ainsi la confusion obsédante des pesanteurs mortifères et des élans vitaux. Sur le site d’assemblage de Los Alamos, le physicien Edward Teller a recouru à un petit poème comique en cinq vers pour expliquer à ses collègues le fonctionnement intime de la nouvelle arme. Selon les caractéristiques du genre, le physicien utilisa une métaphore particulièrement osée pour décrire la rencontre des deux hémisphères contenant l’uranium au moment de l’explosion.

fig8-bombe_bikin1i_smallD’une façon moins confidentielle, les essais atomiques menés en 1946 sur l’atoll de Bikini ont inspiré au Français Louis Réard le nom de son maillot de bain deux-pièces qu’il venait de lancer. Ainsi, comme le souligne Robert Jungk, « le nom de cet atoll du Pacifique contaminé par la radioactivité n’était-il plus synonyme de terreur, mais de ‘sex-appeal’. » Expressions nouvelles de cette érotisation, une « bombe » et plus spécialement une « bombe atomique » désignent dans le langage de la jeunesse française une femme particulièrement désirable.
Mais le caractère phallique de la bombe atomique n’est pas seulement associé à des signifiants évoquant une érotisation, il renvoie aussi à la quête d’une jouissance absolue et mythique de nature éminemment transgressive. Suggérée dans les dénominations mettant en jeu un caractère masculin, une identification au phallus traduit la tentative de levée des barrières empêchant cette jouissance idéale se situant à l’horizon de la folie et de la mort.
Evocation cynique de la folie, la machine à calculer utilisée dans les études préparatoires à la mise au point de la première bombe à hydrogène a été baptisée « MANIAC » (Mathematical Analyser Numerical Integrator and Computer ). Revendication décomplexée de cette même folie, la doctrine de destruction mutuelle élaborée à la fin de l’année 1962 par le secrétaire américain à la Défense, Robert Mc Namara, a été désignée par l’éloquente expression « MAD »,correspondant
fig9 précisément à « Mutual Assured Destruction ». Selon cette doctrine, les Etats-Unis étaient capables d’une riposte de seconde frappe nucléaire pouvant effacer l’Union Soviétique de la planète même après avoir subi une première frappe par surprise.
Revendication obsessionnelle d’une toute-puissance, Robert Oppenheimer associa les figures du phallus et de la mort au souvenir de la première explosion d’un engin nucléaire dans le désert du Nouveau-Mexique. Empruntant un passage du Baghavad-Gîtâ, un texte sacré hindou, le père de la bombe atomique se serait exclamé intérieurement au moment de l’explosion : « Si le rayonnement d’un millier de soleils devait éclater d’un seul coup dans le ciel, ce serait comme la splendeur du Tout-Puissant… Je suis devenu la Mort, le destructeur de l’univers. ».
Prolongeant le désir de concurrencer Dieu et d’accéder à un savoir impossible se situant du côté de la mort, plusieurs signifiants contemporains invoquant l’arme nucléaire renvoient à la tentation d’un paradis artificiel. En anglais populaire, le vocable « bombed » désigne une modification profonde de conscience provoquée par une ivresse avancée ou l’emprise de substances stupéfiantes et « Atom bomb » est une expression argotique pour désigner la marijuana ou l’héroïne.

Au terme de cette analyse sémantique, les signifiants qui désignent et entourent la bombe atomique semblent relever davantage d’une dimension imaginaire que d’un ordre symbolique. La compromission de l’ordre symbolique s’accentue lorsque ces signifiants sont saisis dans leur qualité de nom de code impliquant de taire plus que de dire. Les noms de la bombe atomique désignent sans désigner, ce sont des appellations creuses, comblées par l’irruption d’un imaginaire débordant jusqu’aux limites imposées par le réel innommable. Et c’est précisément ce réel non représentable, tapi dans le trou noir d’une constellation de signifiants, qui est vainement visé par l’usage d’une dénomination débridée. Renvoyant à une jouissance impossible, ce réel innommable constitue le territoire interdit où reste la bombe atomique depuis des décennies à défaut de s’inscrire en droit dans une interdiction qui est sa place véritable.

REFERENCES
1. De façon peu fréquente, « Manhattan » a désigné la bombe atomique elle-même. Voici ce que rapporte le président Harry Truman, en juillet 1945, dans son journal, après l’essai du premier engin nucléaire : « Je suis sûr que les Japs craqueront avant l’arrivée de la Russie. Je suis sûr qu’ils le feront quand Manhattan apparaîtra au-dessus de leur patrie ». Citation extraite du documentaire d’Austin Hoyt et Melissa Martin, Victoire dans le Pacifique – Deuxième partie : L’invasion du Japon, Americain Experience, WGBH Educational Foundation, 2005.

2. Cf. Len Giovannitti et Fred Freed, Histoire secrète d’Hiroshima, Paris : Plon, 1966, p. 19.

3. Cf. Fletcher Knebel et Charles W .Bailey, Hiroshima bombe A, Paris : Fayard, 1960, p. 82 et Barthélémy Courmont, Pourquoi Hiroshima ? La décision d’utiliser la bombe atomique, Paris : L’Harmattan, 2007, pp. 314-319.
4. Cf. Robert Jungk, Vivre à Hiroshima, Paris : Arthaud, 1960, pp. 247-251.

5. Cette absence de secours a inspiré une hostilité dans la population japonaise à l’encontre de l’ABCC. Rescapé de l’explosion d’Hiroshima et témoin du programme d’étude, Keiji Nakazawa raconte : « L’armée américaine est arrivée un mois après l’explosion et a installé un bureau dit ‘ABCC’ dans un coin discret de l’hôpital de la Croix-Rouge japonaise. […] Il ne s’agit pas de contribuer à soigner les victimes mais de collecter un maximum d’informations scientifiques sur les différents effets de la bombe atomique constatés sur le corps humain […]. Dès le 19 septembre 1945, la presse a été censurée pour tout ce qui concerne la bombe et nos maladies. ABCC poursuit sa collecte muette sur nos corps […]. Des médecins d’Hiroshima orientaient leurs malades vers cet organisme et recevaient en retour soit de l’argent, soit des médicaments nouveaux ». (Cf. Keiji Nakazawa , J’avais six ans à Hiroshima le 6 août 1945, 8h15, Paris : Le cherche midi, 2005, pp. 111-118). Un autre témoin précise quant à lui : « La plus fantastique enquête médicale de l’histoire sortit de ces laboratoire de la mort de masse. Les services américains photographièrent les blessures, analysèrent des quantités de cadavres irradiés, et expédièrent aux Etats-Unis des centaines de prélèvements d’organes de toutes sortes. Quelques-unes de ces photos sont présentées dans le film Prophétie, réalisé et diffusé par les Comités Hiroshima-Nagasaki. Ces documents furent achetés aux Etats-Unis après trente-cinq ans de secret militaire. Quelques médecins japonais, comme le docteur Hida, cherchèrent à en savoir plus, à protester. Ils perdirent rapidement leur emploi… »  (Cf. Shuntaro Hida, Little boy – Récit des jours d’Hiroshima, Paris : Editions Quintette, 1984, p. 73). Traduisant le sentiment des victimes irradiées dont il fait partie, Takashi Hara déclare en substance : « Je ne parviens pas à oublier que la bombe a d’abord été une expérience terrible sur des êtres humains. » (Cf. Roland Oberlé, Sandrine Woeffel et Noriyuki Aida : Hiroshima – Nagasaki, Strasbourg : Editions Hirle, 2005, p. 174).

6. Bruno Tertrais, L’arme nucléaire, Paris : PUF, Que sais-je ? n° 3798, 2008, p. 4.

7. Cf. Fletcher Knebel et Charles W. Bailey, op. cit., p. 83.
8. Cette ambivalence radicale fait de la bombe atomique un objet béni pour soi et maudit chez les autres, en d’autres termes, un objet de désir ou de terreur. Déclinaison graphique de cette ambivalence, des bénédictions à l’adresse de l’équipage de l’Enola Gay et des malédictions à l’encontre de l’Empire du Japon ont été griffonnées sur la bombe destinée à Hiroshima. Traduction d’une qualité inégalable, la bombe H reçut quant à elle le nom de « Super ».
9. Cf. Pascal Boniface, Repenser la dissuasion nucléaire, Editions de l’Aube, 1997, p. 8 et Pascal Boniface et Barthélémy Courmont, Le monde nucléaire – Arme nucléaire et relations internationales depuis 1945, Paris : Armand Colin, 2006, p. 130.
10. Selon les termes du Traité de non-prolifération des armes nucléaires conclu le 1er juillet 1968, les cinq pays possédant l’arme nucléaire, et autorisés à la posséder dans le futur, étaient les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU : les Etats-Unis, l’Union Soviétique, le Royaume-Uni, la France et la Chine.
11. Cf. Fletcher Knebel et Charles W. Bailey, op. cit., p. 83.
12. Cf. Robert Jungk, Plus clair que mille soleils – Le destin des atomistes, Paris : Arthaud, 1958, p.233.
13. La documentation française, Hiroshima : la bombe, dossier réalisé par Michèle Rodière, Paris , 1986, p. 14. Dans ce même ordre d’idée, articulant l’identification de la nation à ses représentants autour du projet Manhattan, la séparation de l’uranium reçut le nom de code ‘SAM’, initiales des mots ‘Spéciaux Alliages Métalliques’. Cf. Fletcher Knebel et Charles W. Bailey, op. cit., p. 82.

14. Cf. Fletcher Knebel et Charles W. Bailey, op. cit., p. 81.
15. Cf. Len Giovannitti et Fred Freed, op. cit., p. 191.
16. Cf. Robert Jungk, (1958), op. cit., p. 238.
17. Ibid., p. 125.
18. Ibid., p. 220.
19. Ibid., p. 263.
20. Cf. Lawrence Freedman, La guerre froide – Une histoire militaire, Paris : Editions Autrement, Atlas des guerres, 2004, p. 84.
21. Cf. Peter Pringle et James Spigelman, Les barons de l’atome, Paris : Editions du Seuil, 1982, p. 37.

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