“Polars nucléaires”(Feuilleton réservé aux allergiques à la physique)

MEDECINE ET GUERRE NUCLEAIRE, 2006

SI LE NUCLEAIRE M’ETAIT CONTE :

(Feuilleton réservé aux allergiques à la physique)

Au cours de nos réunions avec des confrères très motivés par l’élimination des armes nucléaires, quand on aborde en détail leurs natures et leurs effets, un frisson gagne une partie de l’assemblée : Pour certains, un terrible cauchemar revient à leur mémoire : celui des tortures infligées dans leur jeunesse par les sorciers de la “ BIOPHYSIQUE ” !

Ils sont alors tétanisés, incapables d’écouter encore quoi que ce soit en rapport avec l’abominable physique.

Ce conte leur est dédié : il est formé uniquement de données aseptisées, totalement anallergiques. A eux de nous écrire si la moindre réaction d’intolérance apparaissait néanmoins.

CHAPITRE I : QUI EST RESPONSABLE ET COUPABLE ?

Pour y répondre, à partir des assassinats collectifs (Hiroshima et Nagasaki) et des armes des crimes (bombes A et H), il va falloir diligenter une enquête policière, pour déterminer le lieu exact, les éventuels suspects, la matérialité des faits, le mobile et finalement, à qui profite le crime.

Une chose est acquise : c’est dans la matière que cela se passe, et plus particulièrement dans un monde énigmatique appelé “ noyau ”.

Suivons les pas du commissaire MAIGRET. Sera-t-il capable, lui seul, grâce à son errance dans la matière, de déchiffrer l’énigme ?

C’est ainsi que Maigret partit un bon matin dans la matière, pour sentir, humer et surtout vérifier ce qui s’y passe. Le commissaire savait qu’il lui faudra beaucoup marcher, car la matière est en réalité surtout constituée par du vide. Dans sa longue marche, il croisa tout un nuage de grains d’électricité négative, les fameux électrons, tous atteints de la danse de Saint Guy, mais hors de cause puisqu’ils ne sont pas “ le noyau ”. Néanmoins le commissaire, agitant sa pipe éteinte, se dit que plus tard il les interrogerait comme témoins.

Il arriva enfin dans le pays des noyaux. Il y en avait de toute sorte, de l’hydrogène au métal, de l’oxygène au calcaire. Mais tous ces noyaux ne l’intéressaient pas, car ils sont stables, leur vie est sans histoire, ils vivent heureux, longtemps parce que sans enfants. Leur secret ? Le parfait équilibre entre 2 étranges constituants : les uns sont appelés “ protons ” et les figA autres “ neutrons ”. La différence entre ces noyaux est uniquement liée au nombre des uns et des autres. Quel que soit ce nombre, parfaitement équilibré, les protons forment un groupe que nous appellerons “ Madame PROTON, et les neutrons un deuxième groupe : “ Monsieur NEUTRON ”.

Si rien ne vient les perturber de l’extérieur, ces gens restent en dehors de l’histoire. (Pièce à conviction N°1)

Mais Maigret sait qu’ils cachent quelque chose. D’abord la vérité profonde de leur nature : si Mme PROTON est globalement positive, ce n’est pas parce qu’elle n’a pas d’éléments négatifs ; mais parce que finalement, au total, les valeurs positives l’emportent. Si Mr. NEUTRON reste indifférent, c’est qu’il a exactement le même nombre d’éléments négatifs et positifs. Son indifférence n’est qu’apparente, simplement il est neutralisé, par autant de raisons d’être “ YIN ” ou “ YANG ”.

Ensuite, parce que cette différence change tout dans leur vie quotidienne. Pour les électrons, seule Mme Proton, parce que positive, les attirent comme les papillons par la lumière. Ces Paparazzis virevoltent, certes à distance, mais uniquement en ayant des yeux que pour elle, méprisant totalement Mr. NEUTRON.

Dans sa longue marche indécise, Maigret eut comme une vague prémonition : et si Mme PROTON, de ce fait, était la principale suspecte ?

Secouant la tête, Maigret se dirige vers le véritable terrain du crime, les noyaux instables. Il se remémore rapidement les faits. Dans la grande famille de la matière, l’équilibre harmonieux entre protons et neutrons n’est pas toujours le cas. A force d’empiler les uns et les autres, il arrive que, pour certains matériaux, le compte n’y est pas : on se retrouve alors avec un excès soit de protons soit de neutrons. Mais à l’extérieur rien ne se voit, rien ne se passe, jusqu’à un événement extraordinaire, marquant la fin de la coexistence pacifique entre nos 2 époux.
Cet événement Maigret sait qu’il peut survenir à n’importe quel moment, absolument au hasard, mais il est certain qu’il aura lieu : On lui tellement seriné que “ la chose ” est un phénomène aléatoire à probabilité constante.

Il sait qu’il va falloir rester des heures et des heures en planque, avec pour seuls compagnons ces nuages tourbillonnants d’électrons. Maigret remonte le col de son manteau, fait un vague geste pour allumer sa pipe et attend…

Enfin, un des noyaux se manifeste, puis quelques autres, d’abord par une excitation diffuse, difficile à attribuer avec certitude à l’un des habitants. Puis apparaît brusquement la scène de ménage. Il y a de terribles éclats de voix, par bouffées. Enfin le noyau projette à l’extérieur ce qui semblait être pour Maigret de la vaisselle cassée. Certains morceaux lancés à grande vitesse sont même lumineux, selon le témoignage de Mr CERENKOV. D’autres vont affoler les électrons entraînant parfois la disparition brutale de certains avec de nouveaux éclats de voix, mais caractéristiques de ces grains d’électricité. Puis tout rentre dans l’ordre, le silence s’installe, mais avec une conséquence qui trouble Maigret : La matière autour de ces noyaux a changé de nature ! Une seule explication s’impose au commissaire, il ne peut s’agir que de la fameuse RADIOACTIVITE !

Encore faut-il le prouver. Minutieusement, Maigret examine les projectiles, et reconstruit leurs trajets.

Beta-minus_Decay Première constatation : il s’agit de particules, de grains d’électricité absolument semblables aux électrons, mais qu’il nomme “ BETA- ”, d’autres, très vite disparus, sont des grains d’électricité positive, appelé : “ BETA+ ”. Dans certains matériaux, il retrouve la trace d’une particule lourde, caractérisée par les dégâts énormes sur son passage, il reconnaît les noyaux d’hélium, les particules “ ALPHA ”-Alphadecay

Deuxième constatation, les éclats de voix sont bien des ondes. Pour les différencier entre elles, Maigret se fie à leur origine. Les ondes qui viennent du noyau sont appelées “ rayon gamma ”, et celles produites par les électrons “ rayon X ”. Mais rien ne les distingue ensuite, elles ont les mêmes effets.

C’est par le raisonnement logique que le commissaire reconstitue les événements : Si le résultat est une particule positive, forcément elle vient d’un proton, et forcément la séparation est bruyante. Si la particule est négative, elle doit provenir d’un neutron. Un seul élément échappe à Maigret : pour que sa théorie soit juste, il manque une autre particule, pour équilibrer la production à partir du noyau, le fameux “ neutrino ”

Toute recherche s’avère vaine, pratiquement rien ne peut prouver son existence car presque rien ne l’arrête, même pas la traversée de la terre entière. (Pièce à conviction N°2).

Mais comment Mme PROTON ou Mr NEUTRON, peut ainsi laisser faire un de ses éléments constitutifs ?

Certes, cette radioactivité est bénéfique puisqu’elle supprime un excès, une obésité de l’un ou l’autre, mais comment est-ce possible, et à quel prix ?

Une seule solution semble logique pour Maigret : Il doit exister bien avant la crise un procédé, un moyen d’échange permanent dans le couple. Par exemple, l’existence d’un “ pion ” qui permet des échanges entre les époux. Mais à quel prix ! Le proton se transforme en neutron, ou le neutron en proton (pièce à conviction N°3). Le déséquilibre va en créer un autre : le compte n’y est plus, la cure d’amaigrissement change la nature du noyau. Maigrir quitte à perdre son identité, ce sacrifice laisse le commissaire triste et désabusé.

Surtout il rumine son échec : Il a en partie élucidé un des mystères des noyaux, mais il n’avance en rien sur le sujet même de l’enquête : il n’y a rien d’explosif dans cette radioactivité, il ne s’agit donc pas de l’arme du crime ! Il y a bien des victimes, du moins le suppose-t-il, mais rien de comparable à Hiroshima et Nagasaki.

La fatigue et l’amertume envahirent peu à peu l’esprit de Maigret. Toute cette enquête pour n’aboutir à rien, des suspects mais pas de preuves, uniquement une certitude : la radioactivité naturelle est hors de cause. Le commissaire se sentit brusquement courbé par le poids de la vieillesse : il lui faudra passer la main, laisser d’autres enquêteurs prendre le relais, résoudre d’autres problèmes. Il repartit alors de son pas lourd vers sa maison où l’attendait Mme Maigret, sans même allumer sa pipe.

Et vous chers lecteurs, peut être, vous saurez le nom du coupable en lisant le prochain épisode :

“  LE DOIGT DU DIABLE ”

CHAPITRE II : LE DOIGT DU DIABLE

sherlockSirotant avec délice sa première tasse de thé, le Dr Watson figshvit rentrer SHERLOCK HOLMES en grande agitation, un numéro du Times à la main. Il grommelait de temps en temps cette phrase : “ les journalistes ne comprennent rien ! ”. Intrigué, le Dr Watson se saisit du journal et vit en première page la photo de sir RUTHERFORD et un titre : “ Celui qui a réussi la transmutation ”.

Intrigué, Watson apostropha Holmes :

“ -Cher ami, cette nouvelle est excellente car nous, britanniques allons pouvoir réaliser le vieux rêve des alchimistes : changer le plomb en or !

-  C’est une grosse bêtise Watson, le bombardement par des sels de thorium d’une feuille métallique change bien la nature de certains composants, mais pour une quantité infinitésimale. Par contre, il s’agit sans conteste de la preuve qu’il y a bien un noyau,  et qui devrait être positif au sens électrique du terme au sein de l’atome. Il s’agit donc de la première réaction nucléaire connue, puisque les particules alpha ont arraché du noyau quelque chose qui l’a rendu radioactif, comme l’uranium. ”

Sans écouter Holmes, Watson en continuant à lire le compte rendu de la réunion mondiale des physiciens, faillit s’étrangler :

“ Damned, La réunion a eu lieu à Londres en langue française, quelle honte, c’est encore à cause de ces maudits CURIE, ces franco-polonais !  ”Cette remarque fit sourire Sherlock, qui finit par dire :

“  Un jour viendra où les réunions scientifiques se feront en anglais, même à Paris.

-Parce que le monde reconnaîtra enfin la prééminence de l’Union Jack, s’exclama Watson !

-Non, c’est parce que les Américains domineront le monde ”

Watson haussa les épaules : des gens qui jettent du thé anglais dans la baie de Boston ne seront jamais à la hauteur de notre civilisation, pensa-t-il. Sans un mot, Sherlock Holmes repartit dans sa chambre pour jouer du violon, laissant Watson ruminer ses douloureuses pensées. Enfin le violon se tut, et Watson pu rentrer dans la chambre.

“  Mon cher Holmes, pourquoi s’intéresser autant à ce Néo-Zélandais, ce Rutherford ?

-        Elémentaire, mon cher Watson. Son hypothèse d’un noyau positif au sein d’un essaim de grains d’électricité négatifs, les électrons, ouvre la voie à une formidable source d’énergie et donc à une arme terriblement meurtrière Atome(fig. 1). L’aventure de ce pauvre Monsieur NOBEL recommence ; la dynamite qu’il a inventée pour creuser des mines est devenue une arme redoutable dans tous les conflits.

-        Comment une telle chose est possible ?

-        Il faut d’abord vérifier mon hypothèse, venez Watson, nous partons de suite pour le laboratoire de RUTHERFORD et SODDY. ”

Sautant de la calèche, les 2 hommes coururent vers le laboratoire à CAMBRIDGE, et, à peine les présentations faites, Holmes posa immédiatement ses questions :

“ Sir RUTHERFORD, vous dites que le grand angle de diffusion des particules apparues après le bombardement par des particules alpha suppose un très petit et très massif noyau positif. Cela se conçoit bien pour expliquer le rebondissement des noyaux d’hélium, autrement dit : “ les alpha ” sur quelque chose de différent des électrons. Mais, dans votre communication au congrès de physique nucléaire, vous supposez que le noyau est composé de charges positives et de quelques charges négatives pour être en accord avec vos mesures de charges et de la masse, comment est-ce possible ?

-        Monsieur Holmes, je vous croyais détective et non féru de physique atomique ! Mais je veux bien répondre à votre question : Si le noyau est formé de particules positives, il constitue bien une attraction pour les électrons, puisque des charges de signes contraires s’attirent.

-        Pourtant les électrons restent à distance du noyau.

-        Cela suppose une barrière nucléaire qui les empêche d’entrer.

-        Mais pourquoi, dans votre modèle, certains électrons franchissent la barrière et pas d’autres ?

-        Tiens, cela ne vous a pas échappé ! je pense aussi que cette théorie est peu vraisemblable. Depuis, avec SODDY, nous avons imaginé qu’à côté des protons, il pourrait y avoir des particules neutres, aussi lourdes que les protons, ce qui rendrait possible un bon accord entre la charge globale du noyau et sa masse, en tout cas bien mieux que pour les électrons trop légers. De plus, les protons comme les neutrons pourraient se détacher pour réagir avec d’autres noyaux, comme pour les particules alpha.

-        Pourquoi ne pas appeler ces particules: des “ neutrons. ” ?

-        Bonne idée, je m’en souviendrais, mais pour l’instant nous n’avons aucune preuve de leur existence !

- Repartons vite à Londres, dit Holmes après avoir pris congé du savant, je dois vérifier plusieurs choses. ”

Pendant des jours, Sherlock s’enferma dans sa chambre pour étudier le déplacement de billes en acier et en caoutchouc vers un aimant de grande puissance. Dépité par ses échecs répétés, il changea les billes pour de la limaille de fer et des écailles de caoutchouc, puis se mit à noircir nombre de carnets de note par une grande quantité de chiffres. De temps en temps, tout s’arrêtait et la maison se remplissait à nouveau du son grinçant du violon. Le Dr WATSON se tenait coi, n’osant plus sortir, ni poser de question. Cette fois-ci il ne comprenait plus Sherlock Holmes. Que pouvaient faire quelques raclures de fer pour mettre hors d’état de nuire les mauvais garçons de Londres, et surtout neutraliser l’ennemi de toujours, le diabolique Moriarthy, tapi dans l’ombre et prêt à fomenter un plan criminel.

Brusquement, Holmes sortit de sa chambre, pris son manteau et sa célèbre casquette, pris le bras de Watson en disant :

“ Allons dîner, je vous dirais tout, j’ai la solution du problème ”

Et c’est ainsi que moi, Watson, j’ai pu entendre le plus extraordinaire exposé du grand SHERLOCK HOLMES. Ce texte prophétique me semble encore aujourd’hui incroyable, mais je certifie sur l’honneur l’exactitude de mes notes. Holmes d’une voix calme dit :

“ Tout commence par la question du noyau atomique, puisque c’est le seul élément qui caractérise la nature des matériaux : changer quelque chose dans le noyau, c’est changer la nature même de l’atome, en fait la transmutation c’est uniquement un changement dans le noyau. Ce noyau ne peut être que petit et lourd, car il pèse à lui tout seul l’essentiel de la masse de l’atome. Il ne peut qu’être chargé positivement. Mais si la masse joue un rôle au moins égal à sa charge électrique, en dehors de l’hydrogène où le noyau est un seul proton, pour tous les autres éléments, un simple empilement de protons ne peut pas convenir. En effet un simple empilement de protons conduit à une discordance entre le nombre de charges et la masse. Il faut donc autre chose en plus des grains lourds d’électricité positive. L’idée de grains lourds neutres, à côté des protons, est la seule hypothèse plausible : en mettant des lambeaux de caoutchouc sur le pôle positif de mon aimant, j’ai pu continuer à attirer la limaille de fer, avec simplement une efficacité moindre. Un noyau constitué de “ neutrons ” et de protons continue à attirer les électrons, comme dans mon modèle la limaille de fer. La radioactivité, au delà des émissions  alpha, bêta, gamma, c’est aussi des morceaux de noyau qui se détachent pour s’attaquer à d’autres noyaux.

C’est ce que Rutherford a prouvé avec les particules alpha qui sont en réalité des noyaux d’hélium.

Mais pour s’attaquer, en tant que projectile, à d’autres noyaux, il n’y a pas égalité entre les protons et les neutrons : Les protons doivent franchir une double barrière ; celle de RUTHERFORD dite “ barrière nucléaire ”, et celle liée à sa nature électrique : le proton doit être repoussé par les charges positives du noyau agressé. Il doit être possible de franchir cette double barrière, mais pour cela il faut imaginer une très grande énergie pour ce projectile. Par contre, les neutrons ne doivent vaincre qu’une seule barrière, ils n’ont donc pas besoin d’une grande énergie, si on tient compte de leur masse. De plus, ils doivent plutôt être lents, car s’ils vont trop vite, ils rebondissent sur les noyaux et diffusent avec un grand angle. Le résultat de la capture d’un neutron est bien la création d’un autre corps chimique, avec en plus différents rayonnements comme dans la radioactivité naturelle. Mais si les neutrons sont capables aussi de casser les noyaux autrement dit, de faire une “ fission ”, alors la libération d’énergie est considérable, inimaginable aujourd’hui.

-  Je ne comprends pas à quoi sert toute cette théorie, et encore moins comment cela conduit à fabriquer une arme ?

-   A quoi cela sert ? élémentaire mon cher Watson : si on découvre un atome capable d’émettre spontanément des neutrons (fig. 2), et des atomes capables de se casser en deux, par exemple l’uranium X du danois BOHR ( NDLR : on l’appellera plus tard l’uranium 235), qui est aussi capable d’émettre plus de neutrons que reçu (par exemple 3 pour un), alors le processus pourra se répéter en s’amplifiant. PAR CETTE RÉACTION EN CHAÎNE, UNE SOURCE CONSIDÉRABLE D’ENERGIE NAITRA.

Mais une chose s’y oppose, et cette question m’a longtemps tourmenté : certes, il y aura plus de neutrons produits que consommés, mais ces neutrons secondaires sont forcément rapides, et donc impropre pour entraîner une nouvelle réaction nucléaire !

-        Mais mon cher Holmes, pourquoi on ne pourrait pas les ralentir ?

-        Excellente déduction Watson, c’est bien la solution (fig.3). On pourra ainsi construire une machine capable à la fois d’émettre des neutrons lents pour casser des noyaux, et d’autre part un système pour recueillir les neutrons rapides pour les ralentir pour de nouvelles réactions nucléaires. Il y aura certes des pertes de neutrons rapides, mais cela restera une machine dotée d’une énergie incroyable. ”

Watson, subjugué, en oubliait son verre de brandy, puis brusquement une question lui brûla les lèvres :

“ Holmes, admettons que ces folles hypothèses deviennent une   réalité, en quoi cela conduit à une bombe ?

-        C’est cette question qui m’a pris le plus de temps. En effet une telle machine à neutrons lents ou ralentis ne peut pas exploser : J’ai essayé toutes les possibilités de cassures de noyaux sans résultats (fig. 5). Mais la lecture d’un traité sur la compression des gaz de l’Académie Royale de Londres m’a donné la clef de l’énigme.

Reprenons ici les données du problème : même si les neutrons rapides de l’uranium X ont tendance à s’échapper, ils doivent forcément parcourir une certaine distance dans la machine, mon calcul établi celle-ci à 8 cm. Ce parcours est effectué à grande vitesse par les neutrons dans un temps de 0,4µs. Il y a donc un court instant où une génération de neutrons rapides générée par les fissions se trouve tous à L’intérieur de la machine. Mais si ces neutrons rapides se trouvent dans un gaz formé par la vaporisation de la matière, ils ne peuvent pas s’en échapper pendant 1 µs à cause de l’inertie des gaz ! Cela est possible puisque le temps de parcours des neutrons rapides est plus petit que le délai d’inertie. Dans ce cas, et dans ce cas seulement, une explosion est possible avec la propulsion de nombreux neutrons avant que tout neutron fortuit ne d’éclanche une réaction en chaîne non explosive. Dans ce cas, chaque Kilo d’uranium X peut entraîner une explosion équivalente à 20 000 tonnes de TNT, de quoi détruire par une seule bombe notre Londres actuel.

Il y a pire, si ce flux énorme de neutrons entre en collision, avant l’explosion, avec des noyaux légers comme l’hydrogène ou le lithium, l’explosion sera plus puissante encore ! Pour cela, il faut 2 conditions :

1-que toutes ces réactions se fassent dans un délai inférieur à la micro seconde,

2-que ces réactions se fassent dans un gaz où ces noyaux légers soient séparés des électrons (on appellera cela plus tard un “ plasma ”).

Cette arme terrifiante, la BOMBE A HYDROGENE, est en réalité la finalité des travaux de sir Rutherford.

-        Cela n’est pas possible, s’écria Watson, tous ces savants sont des hommes doux et pacifiques ! Il n’y a pas d’esprit aussi maléfique sur terre pour réaliser un tel programme…, sauf MORIARTHY, seul capable de concevoir une telle horreur !

-        Ce n’est pas la nature de l’esprit capable de réaliser la bombe qui est en cause. ” Levant les yeux au ciel, où Watson crut déceler une larme, SHERLOCK HOLMES ajouta :

-        “ Il y faut le doigt du diable ! ”

NDLR : Il faudra un demi-siècle pour que se réalise la sombre prophétie du génial détective. Notons en passant, qu’il a répondu à toutes les questions du chapitre précédent, sur la cause, le mécanisme et la nature de l’arme du crime. Mais il reste à résoudre une autre question : comment cette arme renaît aujourd’hui de ses cendres, aux quatre coins du monde. Nous verrons cela dans le prochain chapitre : “ Ce n’est pas moi, c’est ma femme ! ”

CHAPITRE III : CE N’EST PAS MOI… C’EST MA FEMME !

Par une belle matinée de printemps, illuminée par un soleil éclatant dans un ciel uniformément bleu, aussi bleu que la mer du golfe Persique, REZA AG … rayonnait de satisfaction dans son magnifique bureau de PDG. Regardant sa centrale nucléaire, d’une blancheur éclatante, il laissa éclater son orgueil :

J’ai construit ici un monument plus beau et plus grand que tous les palais de Persépolis et que toutes les mosquées d’Ispahan. Nous les Iraniens nous avons gardé de nos ancêtres perses l’intelligence et le sens de la beauté. C’est nous qui avons civilisé le monde, et en premier lieu les ignorants turcs et les nomades arabes. Je suis digne de DARIUS le grand, que dis-je, je lui suis supérieur puisque je dompte ici le pouvoir illimité de l’atome !

Son œil s’attarda sur l’immense parking avec ses belles voitures parfaitement rangées car il exigeait de tous une discipline et un ordre rigoureux. A son grand désespoir, il aperçu un vieux tacot d’un autre âge, une voiture française des années 50 stationnée de travers :

-       Encore un de ces maudits bazaris de Téhéran qui vient polluer par sa présence moyenâgeuse notre centrale, je vais le faire chasser !

Pire encore, il vit apparaître un petit homme brun, habillé d’un imperméable usé jusqu’à la corde et qui courrait partout, poursuivi par des gardes :

“ - Arrêtez cet intrus et jetez le dehors, cria REZA AG… hors de lui :

-       Hélas nous ne le pouvons pas, dit le chef des gardes, il a un laisser passer officiel.

-       Ce n’est pas possible, vérifiez le !

Il se passa alors l’impossible, l’incroyable, le jamais vu : l’intrus à l’imperméable entra directement dans son bureau, sans frapper. Reza AG… en resta muet de stupéfaction, et c’est dans un état second qu’il entendit ce misérable lui dire :

“ - Mr le président directeur général je suis l’inspecteur COLUMBO de l’agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA) de Vienne, je viens inspecter vos installations nucléaires. Mr le président, félicitations pour votre centrale, elle est magnifique, avec un peu trop de techniciens russes à mon goût, mais néanmoins remarquable, Bien plus belle que celles qui parsèment la Californie. ”

Le pauvre REZA AG… bredouilla un vague merci tandis que l’inspecteur COLUMBO se répandant partout dans son bureau.

“ - Quels magnifiques tapis ! puis-je les photographier ? c’est pour ma femme, elle adore les tapis persans. Et ces galets en bronze couverts d’écriture cunéiforme, ils sont sûrement de l’époque d’HAMOURABI ! ! !

- Je vous en offre un, dit REZA AG… dans un souffle

-       C’est ma femme qui va être contente, elle ne cesse pas de me téléphoner pour ces objets, je ne connaissais même pas leur existence !

-       Mr l’inspecteur que venez vous faire ici ?

-       Ne vous inquiétez pas, monsieur le directeur, simples questions de routines ; je viens juste pour trouver pourquoi et comment vous fabriquez des bombes atomiques… ”

Le pauvre REZA AG… faillit s’étrangler, mais très vite il sut trouver le bon registre ; celui du brillant universitaire plein de bienveillance pour un ignorant mal fagoté et infidèle de surcroît. Il fit asseoir COLUMBO, mis ces 2 mains à plat sur son bureau, et d’un ton docte déclara :

“ - Nous avions depuis 1970 un vieux réacteur de recherche nucléaire construit par les allemands. Les Irakiens l’ont bombardé en 1984 durant la guerre Irak Iran. Grâce à la RUSSIE, depuis janvier 1995 nous avons pu construire cette centrale et prévoir pour 2006 la mise en route du premier réacteur. Ce réacteur à eau pressurisé ne peut pas être utilisé pour séparer, dans le combustible usé, le plutonium 239, le seul utilisable à des fins militaires. Ceci pour 2 raisons :

1)       le combustible est de l’uranium enrichi et donc beaucoup moins capable de produire du plutonium militaire.

2)       Le cœur du réacteur est fermé (fig. 1), et il ne peut être déchargé de ses barres d’uranium usées qu’une fois l’an, délai trop long pour conserver le plutonium 239, car sa dégradation en plutonium 240 est importante, et celui-ci n’explose pas. On estime à 60% cette dégradation, et dans ce cas, ceci rend impossible la séparation chimique entre les 2 formes de plutonium. Si vous ne me croyez pas, relisez ces rapports de la COGEMA et du CEA en France qui certifie ce réacteur comme “ propre ”.

-       Il n’y a là rien de probant : ces organismes ont toujours prétendu que les centrales nucléaires électriques ne conduisaient jamais à la fabrication d’engins atomiques. Cela n’a pas empêché l’INDE, le PAKISTAN, les 2 COREES et vous, de le faire !

-       Vous confondez les centrales plutonigènes de ces pays avec la mienne : Dans les centrales où le modérateur est soit l’eau lourde soit le graphite, le cœur du réacteur est ouvert (fig. 2) et le combustible est de l’uranium naturel (U 238). Dans ce cas, il est possible de retirer les barres de combustibles usés quand on veut, et donc avant la production de plutonium 240. Ceci n’est pas possible ici, à BUCHEDR (fig. 3).

-       Mais on peut aussi faire des bombes avec de l’uranium 235, s’écria COLUMBO ! Il suffit d’enrichir l’uranium naturel que vous recevez de la Russie depuis avril 1995.

-       Nous avons en effet, avec l’accord de votre agence, l’AIEA de Vienne, reçu de l’uranium naturel mais c’est uniquement pour faire des combustibles pour la centrale, c’est-à-dire de l’uranium enrichi à 3,5%.

D’ailleurs la Russie nous livre directement de l’uranium enrichi et pour qu’il n’y ait aucune ambigüité pour le plutonium produit par la centrale, la Russie s’est engagée à reprendre notre combustible usé. Comme nous l’avons répété à Mr POUTINE en janvier 2005 : nous sommes en parfaite conformité avec notre signature du traité de non-prolifération en mai 1995.

-       Merci mille fois monsieur le président, tout est parfaitement clair. C’est ma femme qui va être contente quand je vais lui annoncer mon retour immédiat à Los Angeles ! ”

Après avoir esquissé quelques pas vers la sortie, brusquement COLUMBO se retourne et dit :

“ - Excusez-moi Mr le directeur, il y a encore un détail qui me tourmente

-       Puis-je vous aider, dit REZA AG… d’un ton protecteur

-       Voilà, je me demande où est passé le réacteur de 300 MW que vous avez acheté en Chine pour l’installer à ESTEGHLAL, une enclave du site de BUSHEDR ? Ce réacteur à uranium naturel est bien plutonigène selon vos critères ?

-       Bonne question, Mr. l’inspecteur, mais vous oubliez l’accord USA-CHINE qui a empêché l’achèvement du réacteur. Le Pakistan aussi a refusé de nous aider, relisez donc le rapport du directeur de la CIA JOHN DEUTCH en mars 1996. Il n’y a donc rien ici qui concerne de prés ou de loin un programme militaire : il n’y a que des civils, soit 300 russes et des milliers d’Iraniens ; votre rapport de février 1992 ne disant pas autre chose !

-       Mais oui, tout cela est logique, et me voilà soulagé et convaincu. Je vais boucler mon rapport et téléphoner à ma femme pour confirmer mon retour.

-       Pourquoi ne pas rester encore quelques jours pour visiter notre beau pays ?

-       C’est une bonne idée, je vais y réfléchir, merci encore pour vos explications lumineuses, et adieu ”

Reza AG… soulagé, put ainsi rentrer chez lui, dans sa magnifique villa au bord du golfe, fier d’avoir berné, une fois de plus, un rustre occidental.

De bonne humeur, au petit matin, REZA AG… retourne à son bureau et y aperçoit… COLUMBO assis dans son fauteuil un vieux cigare à la main :

“ - Monsieur le directeur, bienvenue dans votre bureau, j’ai hélas encore quelques questions à vous poser. Ne vous inquiétez pas, il s’agit de simple routine.

-       Comment ! dit REZA AG… suffoqué par un tel culot, vous n’êtes pas à LOS ANGELES ?

-       Ce n’est pas ma faute, j’étais prêt à finir mon rapport ; C’est ma femme ! elle m’a dit de ne revenir chez moi qu’après avoir FINI LE TRAVAIL. A cause d’elle je n’ai pas dormi de la nuit, j’ai revu tous mes documents, et me voici.

-       Que voulez-vous encore savoir, dit REZA AG… d’un ton las ?

-       Juste quelques détails à éclaircir : Pourquoi vos chercheurs à TEHERAN veulent-ils séparer l’uranium 235 de l’uranium 238 avec un calutron (appareil qui a permis de fabriquer la bombe d’Hiroshima) et ceci depuis 1990 ? Pourquoi vous avez acheté et mis en route une centrifugeuse pour séparer l’uranium 235, la même que celle qui va être mise en route par la COGEMA en France, et ceci dans un laboratoire d’enrichissement à NATANZ (fig. 4) ?

Pourquoi ce centre, prés d’ISPAHAN comprend aussi un équipement magnétique au samarium/cobalt depuis 1995, c’est à dire après l’accord de la RUSSIE pour vous livrer du combustible à l’uranium enrichi pour votre centrale ? Pourquoi le réacteur de 60 MW d’ARAK (fig. 5) produit de l’uranium hexafluorure (UF6) nécessaire pour l’enrichissement de l’uranium naturel par diffusion gazeuse procédé abandonné par tout le monde car trop coûteux en énergie. Vous êtes si pressé d’enrichir de l’uranium pour une centrale qui ne fonctionne pas encore ?

-       Mon pauvre inspecteur, tout cela c’est de l’histoire ancienne ! nous voulions simplement faire des recherches pour comprendre l’énergie nucléaire : MOHAMED SAVAD ZARIF, au nom de mon gouvernement, vous l’a répété en décembre 2002 : “ TOUTES LES INSTALLATIONS QUE NOUS AVONS SONT UNIQUEMENT LIÉES AVEC LA TECHNOLOGIE NUCLEAIRE, C’EST À DIRE POUR POURSUIVRE NOTRE PROGRAMME NUCLEAIRE PACIFIQUE ”

Pointant un index vengeur sur la poitrine de REZA AG… COLUMBO martela ces mots :

“ - En 2002, nos satellites ont démontré (fig. 6) à ARAK, près de la ville sainte de QÔM, la présence d’un réacteur plutonigène en pleine action et des centrifugeuses capables d’enrichir l’uranium naturel jusqu’à 80% d’uranium 235, explosif nécessaire pour une bombe atomique. Nos satellites ont aussi montré à NATANZ, près d’ISPAHAN, en plus de la mise en place des 2 procédés d’enrichissement, un réacteur à eau lourde nécessaire pour fabriquer du tritium ! Les centrales nucléaires n’ont pas besoin de plutonium 239 et d’uranium 235 pour fonctionner, du moins avec un haut degré d’enrichissement de ces 2 matériaux fissiles. SURTOUT, le tritium n’a aucune application “ pacifique ” il ne sert qu’à faire des bombes à hydrogène, et jamais à faire de l’électricité. Je vous accuse vous, monsieur GHOLAM REZA AGHAZADEH, ex vice-président de l’Iran et président de l’organisation de l’énergie atomique en Iran (OEAI) d’être personnellement responsable de la mise au point de l’arme nucléaire. Votre couverture “ pacifique ” est grotesque puisque vous regorgez de pétrole et de gaz, et que vos villes sont à plus de mille kilomètres de votre centrale.

-       Mais nos réserves s’épuisent ! ! !

-       Pas avant 60 ans, et vous avez en plus toutes les conditions pour développer des énergies renouvelables prés des grandes villes. VOS LABORATOIRES, VOTRE CENTRALE SOIT DISANT PROPRE SONT EN FAIT UNE ENTREPRISE CRIMINELLE UNIQUEMENT DESTINEE A CONSTRUIRE UNE BOMBE ATOMIQUE ! ”

Affolé, le teint livide, REZA AG… BALBUTIA :

“ Je vous jure monsieur COLUMBO, je vous jure que ce n’est pas moi… c’est… ma femme ! ”

Prochain épisode : “ Le chaînon manquant ”

Biographie

-       L’ère nucléaire, éd. Hachette, 1998

-       Tracking nuclear proliferation in Iran, Carnegie endowment for international peace, 1998

-       US has photos of secret Iran nuclear sites, CNM COM. DEC. 2002

CHAPITRE IV : LE CHAINON MANQUANT

NDLR : Les années 80 ont vu fleurir nombres de romans policiers avec des enquêteurs non-professionnels : On a vu tour à tour apparaître des moines détectives, des pasteurs inspecteurs, des mandarins et des moines Bouddhistes experts en criminologie et même des imams inspirés en quête d’assassins. Ce qui devait arriver est arrivé ; HARRY KEMELMAN créa le rabbin DAVID SMALL de “ BARNARD’S CROSSING ”, village situé au nord de Boston Massachusetts USA (édition 10/18) Le rabbin est avant tout américain au sein d’une société communautariste où pour exister, il faut adhérer à une congrégation, quel que soit son degré de piété. Dans les congrégations américaines, la gestion financière est entièrement privée et dans les mains du conseil d’administration élu et souverain, qui recrute et paye le rabbin : Le président du conseil a donc un pouvoir important y compris dans le domaine religieux, d’où les conflits inévitables avec les rabbins.

Le rabbin SMALL venait tout juste de finir son repas, et son épouse Myriam apportait le café. Brusquement la sonnette de la porte d’entrée se mit à vibrer et très vite, AL BERGSON, président de la communauté, fit son entrée :

“  – Bonsoir, monsieur le rabbin, et toutes mes excuses pour le dérangement

-       Vous êtes le bienvenu M le président, Myriam peux-tu servir une autre tasse de café ?

-       Merci beaucoup. Voilà, je viens pour l’office de Pâques

-       Quel est le problème ?

-       M le rabbin, j’ai fait une étude statistique sur l’ordinateur de ma parfumerie : nous perdons de plus en plus de fidèles !

-       Cela est conjoncturel à mon avis, beaucoup de nos coreligionnaires sont très occupés.

-       Non, trancha Al Bergson, il y a une autre raison : nos offices sont tristes, sans reliefs et de plus, malgré la traduction en anglais dans les livres, personne ne comprend les prières en hébreu.

-       Que voulez-vous, répliqua David Small, nous sommes une synagogue conservatrice*, et il est d’usage de dire les prières en hébreu…

-       Certes, mais ne pourrait-on pas égayer et moderniser tout cela ? Regardez l’usage du gospel par les protestants, et du jazz par les catholiques.

-       Vous proposez un orchestre de rock and roll pour chanter le cantique des cantiques ? dit Small avec une pointe d’ironie.

-       Quelle merveilleuse idée monsieur le rabbin !

-       Il n’en est pas question M Bergson, nous nous en tiendrons aux prières traditionnelles, et tant pis pour vos nouveaux “ clients ” !

-       Réfléchissez bien, Small, car le conseil d’administration me soutiendra

-       Cela ne changera rien à ma position ! ”

Al Bergson partit ulcéré en ruminant des projets de licenciement pour ce prêtre incapable de comprendre la modernité.

De nouveau la sonnette retentit, et cette fois-ci ce fut l’inspecteur LANIGAN, chef de la police et catholique irlandais, qui apparut à la porte :

“ - Soyez le bienvenu inspecteur, entrez et venez boire une tasse de thé avec nous !

-       Ce n’est pas de refus, le temps est bien frais ce soir ”

Le rabbin regardait avec amitié son vieil ami l’inspecteur, avec qui il avait résolu de nombreuses affaires criminelles. Il se dit même qu’il avait plus de complicité avec ce catholique minoritaire comme lui dans l’océan protestant de la ville, qu’avec le président de la congrégation juive.

* : La communauté juive américaine est divisée en 3 courants : orthodoxe, conservatrice et réformée, mais dans une petite ville, cette division n’existe pas, l’appartenance étant constituée par la volonté du fondateur.

“  - Allons, allons, mon cher Lanigan, nous nous connaissons bien, et je suis sûr que vous n’êtes pas venu uniquement pour boire notre thé ; qu’est-ce qui vous tracasses ?

-       Bien vu Small, je suis tracassé par l’affaire JENKINS

-       Jenkins le “ chlémazel** ” ? notre ancien portier de la synagogue, qui est depuis peu gardien dans la parfumerie d’Al Bergson ? Ce malheureux accumule un nombre considérable de déconvenues dans sa vie d’où son surnom : que lui est arrivé de plus ?

-       Il vient d’être hospitalisé pour une leucémie aiguë

-       En quoi cela vous concerne-t-il, inspecteur ?

-       Et bien, dit Lanigan visiblement ennuyé, il semble qu’il ait été intoxiqué quelques jours auparavant par un solvant à base de benzène dans la parfumerie de M. Bergson. Il peut s’agir d’un accident du travail, mais il y a un doute, certains disent qu’il a été volontairement intoxiqué, et je suis obligé d’enquêter.

-       En quoi puis-je vous êtes utile ?

-       Vous savez bien mon cher Small, que dans notre petite ville tout se sait : si je convoque M. Bergson, tout le monde le saura et des commentaires malveillants sont à craindre. Si je vais le voir dans son usine, ce sera pire encore… Alors, pourquoi pas vous ? Qui trouvera à redire à votre visite ?

-       Je crois le moment mal choisi, dit en souriant David Small, mais je peux aller voir Jenkins le chlémazel puis en parler avec Al Bergson.

-       Excellent et à bientôt, Myriam, mon épouse Gladys vous salue ”

Jenkins, hospitalisé au Boston Hospital, noyé dans une forêt de tuyaux et d’appareils, accueillit le rabbin avec joie :

“ - Merci de votre visite M le rabbin !

-  Voyons Jenkins, vous savez bien que tous les membres de notre synagogue vous gardent en amitié… Mais que c’est-il passé ?

-       Il y a 10 jours, M Bergson m’a demandé de faire une ronde spéciale la nuit dans un local où je ne vais pas habituellement. Il m’a parlé de vol de parfums et il espérait découvrir le coupable si je pouvais le guetter de l’intérieur. C’est ce que j’ai fait, mais au bout d’un moment, j’ai senti comme un vertige, comme quand je dépasse ma dose de whisky, puis j’ai eu envie de vomir et je suis sorti du local, j’ai eu un malaise puis plus rien.

-       Vous n’avez pas senti d’odeur suspecte ?

-       Si, mais ce local est plein d’odeurs et je ne sais pas à quoi elles correspondent. J’ai signalé cela le lendemain, mais comme tout allait bien, j’ai repris mon travail. Avant -hier, j’ai eu de nouveau des malaises et surtout un fort saignement de nez et le Dr GORFUNKLE m’a hospitalisé

-       Que disent les médecins ?

-       Ils font pleins d’analyses et disent qu’il s’agit d’une leucémie myéloïde aiguë, mais ils ne connaissent pas l’origine

-       M JENKINS, je reviendrai, soignez vous bien et à bientôt ”

Sitôt rentré chez lui, Small appela Bergson :

“   -   Al Bergson, ici le rabbin Small

-       Ah très bien, vous avez changé d’avis pour la prière ?

-       Pas le moins du monde, je vous appelle au sujet de Jenkins

-       Le pauvre homme, il joue de malchance : je lui ai demandé de rester dans le local de stockage des parfums, mais je ne savais pas qu’une bonbonne de solvant était débouchée… Et il s’agissait d’une bonbonne de benzène !

** Chlemazel : malchanceux en langue yiddish.

-       Est-ce la première fois que notre Jenkins se trouvait dans ce local ?

-       Tout à fait… Mais quel rapport avec la leucémie aiguë ?

-       Je ne sais pas AL, mais il y a une enquête de police

-       Que dois-je faire ?

-       Téléphonez de ma part à Lanigan et dites lui tout ce que vous savez

-       Dois-je prendre un avocat ?

-       Pourquoi ? Etes-vous coupable de quelque chose ?

-       A priori non, mais je suis inquiet : voir la police s’intéresser à mon entreprise, cela n’est pas rassurant. J’appellerai l’inspecteur plus tard. ”

Le lendemain, Lanigan était de retour chez le rabbin, il avait l’air sombre et préoccupé :

“ -  Mauvaises nouvelles, David Small, l’intoxication au benzène est confirmée par la présence de phénol dans l’urine, et pire encore, on a trouvé dans les cellules sanguines des aberrations chromosomiques et des anomalies dans ce qu’ils appellent : le chromatide. L’hypothèse d’un lien entre le benzène et la leucémie est avancée. Pire encore, malgré le secret médical cela s’est su dans le personnel de la parfumerie et des rumeurs accusent M Bergson d’être un empoisonneur !

-       Vous a-t-il téléphoné ?

-       Pas encore

-       Il y a donc eu peut-être une panne de téléphone, bon prétexte pour passer le voir

-       Bonne idée, je vais l’annoncer au commissariat !

-       Je viendrai ensuite vous voir… À bientôt ”

Le rabbin se retrouva seul, pétrifié d’angoisse : Il se lamentait en se disant : Que puis-je faire ? Je ne suis pas médecin, je ne connais rien en chimie ni dans ces histoires de cellules !

Comment tirer Al Bergson de ce mauvais pas, même s’il m’est hostile, comment faire cesser ces accusations d’empoisonnement qui retombe sur notre communauté ?

Il se plongea alors dans le talmud, et brusquement une joie immense le saisit, il avait enfin la réponse : C’est HILLEL, un des grands fondateurs du talmud qui lui donne la réponse quand il dit : “  Si je ne suis pas pour moi, qui le sera ?  Si je suis pour moi, que suis-je ? Et si ce n’est maintenant, quand sera-ce ? ” Voilà toute tracée ma ligne de conduite :

Malgré mon ignorance, je dois étudier et comprendre cette situation, par moi-même, sans me remettre à quelqu’un d’autre, fut-il expert. Mais je dois acquérir ces connaissances non pas pour satisfaire ma curiosité mais uniquement en fonction du sort de ce pauvre Jenkins et celui de Bergson, avec comme unique condition la recherche de la vérité, quoi qu’il en coûte. Je dois enfin le faire tout de suite, sans m’en remettre à quiconque, et en laissant tomber mes autres tâches.

Sautant au volant de sa vieille guimbarde, il partit sur le champ à la bibliothèque de l’université de Windermere, et pris rendez-vous avec le Dr Garfunkle, prétextant un besoin d’information médicale.

Dès le lendemain, Small se présenta au commissariat pour rencontrer Lanigan :

“ - M le rabbin, vous arrivez bien tard, je suis obligé de déclencher une procédure de tentative d’homicide involontaire ou au minimum de mise en danger de la vie d’autrui contre M Bergson !

-       Mon cher Lanigan, voulez-vous m’accorder quelques instants ?

-       David Small, vous allez encore me faire une grande séance de “ pilpil ” ?

-       Mais non, Lanigan, de “ PILPOUL*** ” Voilà ce qui ne colle pas dans le dossier : Certes, le benzolisme chronique peut induire à la longue une leucémie myéloïde aiguë, mais jamais après une seule intoxication aiguë, et en plus immédiatement après.

-       Mais Bergson est coupable d’avoir envoyé Jenkins dans un local dangereux

*** Pilpoul : art de couper les cheveux en quatre.

-  Bergson ne le savait pas, il m’a raconté son étonnement en découvrant le matin des flacons ouverts dont la bonbonne de solvant benzénique.

-       Et les lésions des chromosomes ?

-       Vous avez raison, l’intoxication au benzène entraîne des anomalies des chromosomes, mais il s’agit de lésions instables qui disparaissent assez vite surtout pour les cellules en pleine division comme les cellules du sang. En interrogeant Jenkins, j’ai découvert qu’il y a 5 ans, avant de devenir portier à notre synagogue, il a subi une contamination radio active au laboratoire de LIVERMORE, (1) là où on expérimente les nouvelles armes nucléaires. Le Dr GORFUNKLE a reçu le double des dosages biologiques fait à cette époque (fig. 1) et qui confirme l’existence de lésions STABLES et instables du noyau de ses cellules du sang cultivées (il s’agit de lymphocytes)

-       Mon cher rabbin, je ne comprends rien à votre galimatias

-       Au début, moi non plus jusqu’à ce que je me souvienne de la très grande prière que nous disons au début de YOM KIPPOUR (le grand pardon) et qui s’appelle : “ KOL NIDRE ” (tous nos vœux). Nous disons alors :

“  Tous les vœux que nous pourrions faire de ce jour de kippour jusqu’à celui de l’année prochaine… Qu’il soit pardonné à toute la communauté des enfants d’Israël, comme à l’étranger qui séjourne parmi eux, car toute la communauté a failli ”

-       Et alors ? ? ?

-       Remarquez plusieurs choses : Il ne s’agit pas d’une prière pour effacer des engagements anciens non tenus, mais pour prévenir à l’avance, les conséquences des vœux que nous allons prononcer inconsidérément dans l’année à venir ! Nous savons donc que nous allons commettre ce grave péché, et nous essayons de créer préventivement l’antidote.

Par ailleurs, que vient donc faire dans cette galère l’étranger qui séjourne parmi nous, en quoi il est concerné par nos erreurs ? C’est qu’il doit y avoir une interaction, un signal de nous vers lui et de lui vers nous, signal forcément maléfique puisque nous avons failli, mais signal qui n’agirait que dans le futur. C’est ainsi que tout s’est éclairé pour moi dans le dossier Jenkins.

-     Mon dieu, je ne comprends toujours pas !! Et la référence à votre culte obscurcit encore le problème ! ”

Le rabbin se mit à se balancer légèrement et répondit avec la même voix qu’il utilisait pour expliquer le talmud à ses élèves :

“  -  Les rayonnements ionisants, c’est-à-dire : les rayons X qui servent à faire des radios, ou les rayons GAMMA, qui viennent du noyau, comme les particules radio actives ß oua, ont un effet quand ils traversent nos cellules. Leur action, au hasard de la rencontre, se fait brutalement sur le noyau d’ADN, avec différentes formes de cassures entraînant finalement des anomalies du chromatide et des anomalies des chromosomes. Les biologistes distinguent les lésions stables, c’est-à-dire transmissibles au moment de la division cellulaire, comme les translocations, ou instables, c’est-à-dire non transmissible lors de la division cellulaire (Fig.2).

Mais il peut y avoir aussi des actions indirectes sur le noyau par la formation dans le liquide de la cellule de gouttes comparables à l’eau oxygénée appelées radicaux libres, et occasionnées des dégâts secondaires. Cela veut dire, mon cher LANIGAN, que les rayons X ou GAMMA, comme les particules radioactives, envoient des projectiles qui vont blesser au hasard tel ou tel endroit du noyau, cerveau de toute cellule, ou le cytoplasme liquide qui entoure le noyau, comme le font les malfaiteurs armés qui tirent sur les honnêtes gens et qu’ils tuent ou blessent à la tête, au corps ou aux jambes. Ces blessures peuvent cicatriser seules, ou être réparées, mais, dans quelques cas, elles laissent des séquelles. La différence avec les êtres humains, c’est la manière de mourir : Pour nous hélas, un coup de feu est souvent mortel de suite, ou secondairement si les blessures sont irréparables. Pour les cellules, même si les dégâts sont énormes rien ne se passe : mais si elle se divise, la mort apparaît. Cela s’appelle la mort programmée (apoptose) déclenchée par un messager, comme l’ange de la mort, et qu’ils appellent les protéines P53 ou B1. Le problème existe, quand la cellule se divise sans mourir, et qu’elle transmet la blessure des noyaux aux cellules filles (fig. 3)

-       Mais mon cher rabbin, votre raisonnement renforce encore la culpabilité de Bergson puisqu’il a envoyé Jenkins dans un local avec un toxique qui peut faire cela aussi !

-       Patience M l’inspecteur : Je vous ai dit que les lésions ne peuvent donner des effets comme la leucémie et le cancer qu’à partir de cellules descendantes et non immédiatement. Cette règle s’applique aussi bien aux toxiques chimiques qu’à la radioactivité : Il y a donc un premier événement qui est l’irradiation ou la contamination radioactive et qui induit l’existence de cellules fautives. Mais il faut un 2e événement tardif pour que la maladie apparaisse. À ce stade, je me suis posé 2 questions :

-       Puisque seules quelques cellules blessées échappent à la mort programmée comment imaginer qu’il en reste suffisamment pour déclencher une leucémie ou un cancer ?

-       En admettant qu’il existe un mécanisme pour expliquer cela, comment relier les 2 évènements ? OU SE SITUE LE CHAÎNON MANQUANT ? C’est ici que le “ KOL NIDRE ” m’a apporté la réponse.

-       Encore !

-       Eh oui ! Je me suis alors souvenu de cette curieuse mention de l’étranger qui vit parmi nous : Tout se passe comme s’il était contaminé par nos fautes et en particulier par les conséquences néfastes de nos vœux (intentionnels) non réalisés. Appliquons cette situation à nos cellules irradiées : Si seules les lésions stables sont transmises, et si en plus avec le temps elles diminuent par dilution, il faut bien un facteur multiplicatif quelque part ! sinon comment comprendre la transmission de la faute des années après ?

C’est ainsi que la description de L’EFFET DE VOISINAGE, décrit par LITTLE m’est apparue comme la seule réponse plausible à cette question (Fig. 4) : Si la cellule blessée développe un signal transmissible à ses descendants, pourquoi celui-ci ne se communiquerait pas aux cellules voisines, saines, même si elles n’appartiennent pas au même tissus ? C’est ce qui se passe en effet : Le signal venu du noyau de la cellule blessée se communique à ses voisines, et déclenche la présence de protéines anormales (dans la figure 4 il s’agit de la P21). Ainsi notre pauvre voisin étranger reçoit, à son insu et en dehors de toute responsabilité personnelle un signal venu de notre communauté fautive qui peut entraîner un changement dans sa vie, avec de néfastes conséquences s’il n’est pas protégé par nos prières de Kippour. J’ai aussi compris comment un stock de cellules fautives peut se constituer même si les cellules blessées ne sont pas nombreuses.

Pour la 2e question : qui est le chaînon manquant ? Les scientifiques répondent qu’il s’agit de L’instabilité génomique : (Fig.5) Ce mécanisme est caractérisé par l’augmentation du nombre d’altérations du noyau au cours du temps avec comme facteur majeur le stress cellulaire. Il y a alors amplification de gène d’où l’accumulation au cours du temps d’anomalies génétiques. Si, à un moment donné, il y a rencontre au hasard avec un 2e événement : effet de promotion d’un toxique comme le tabac, l’alcool, des produits chimiques etc.… Alors la maladie peut se déclencher. Tout se passe comme s’il y avait une perte de la survenue de sénescence de la cellule. Cette survie excessive augmente le nombre de cellules fautives, augmente la survenue de l’inactivation des anti-oncogènes, c’est-à-dire des signaux anti-cancers qui nous protègent. ”

Le téléphone retentit, et LANIGAN à la fin de la communication se sentit soulagé :

“ - Bravo DAVID SMALL, nous venons d’arrêter le voleur de parfums, et il a avoué avoir laissé de nombreux flacons, y compris la bonbonne, ouverte car il a été dérangé par la venue de JENKINS. Voilà qui innocente votre président de l’accusation de tentative d’homicide involontaire. Reste l’imprudence, et le lien avec une irradiation ancienne… Avez-vous une preuve M le rabbin ?

-       OUI : On a trouvé dans les cellules myéloblastiques de JENKINS (j’avoue avoir consulté son dossier à l’insu de l’équipe médicale, ce qui est un incontestable pêché) une aberration chromosomique stable, la translocation 9-22 appelée : “ chromosome Philadelphie ” Cette aberration est fréquente dans les leucémies myéloïdes chroniques, mais par contre, sa présence dans les leucémies myéloïdes aiguës myéloblastiques, cela traduit son caractère radio induit.

-       Alléluia M le rabbin, me voilà délivré de cette enquête ! le reste concerne les assurances et les avocats (2). J’espère que ce pauvre JENKINS pourra plaider le 2e évènement lié aux vapeurs de benzène et gagner une prime pour payer l’hôpital et le traitement.

-       Je l’espère aussi et je le soutiendrais de toutes mes forces ! Mais nous n’en avons pas fini avec notre raisonnement : Il reste à expliquer pourquoi cette instabilité génomique va frapper comme si les cellules responsables de la maladie étaient “ maléfiques ” comme au premier jour ? C’est la fête de pâques qui m’a apporté la réponse.

-       Encore votre PILPOUL !

-       Voyez-vous, le soir de pâques nous lisons le récit de la sortie d’Egypte en mangeant du pain azyme et des herbes amères. Il ne s’agit pas d’un devoir de mémoire. Notre tradition nous indique clairement que cela veut dire que nous, personnellement, ici et maintenant, avons été esclaves en Egypte et que nous personnellement, ici et maintenant, nous sommes délivrés et que notre futur est la liberté. La liberté, c’est le choix ouvert devant nous entre le bien et le mal. Notre bible nous conseille dans ce cas de … Choisir la vie. OUI, nous devons choisir la vie, sinon notre futur sera le mal, et pour les cellules fautives, la maladie. Dans ce cas, le passé est le présent, et le futur notre futur. Voilà ce que nous appelons le souvenir ( ”  souviens toi, tu as été esclave en Egypte ”). Les savants appellent le chaînon manquant ; “ l’instabilité génomique ”, moi je l’appelle LE SOUVENIR.

-       Bravo DAVID, cela a été un fameux pilpil

-       Pilpoul, LANIGAN

-       Voilà grâce à vous Al BERGSON blanchit de tout soupçon !

-       Je crois surtout, dit SMALL en souriant, que je viens d’échapper à l’orchestre de ROCK AND ROLL !

1-LIVERM0RE, Californie, laboratoire dépendant du département de l’énergie. Il y a eu en 2001 et 2003 une fuite de plutonium avec contamination de plusieurs employés. Le stockage de 700 Kg de plutonium est déplorable, parfois même dans de simples boîtes alimentaires !

C’est aussi le site du laser méga joule

2-Les USA n’ont pas une législation du travail comme la nôtre. Tout se passe dans les débats avec les assurances privées et une armée d’avocats, capables de ruiner à vie les malheureux plaignants.

BIBLIOGRAPHIE :

-       L.CHAUVEINL, S.LEFEVRE et al : Actualité sur les tumeurs radio induites, les études génétiques. BULLETIN DU CANCER, 89,2, p 181/196, 2002

-       K SIVIKOVA, B.HOLECKOVA, et J. DIANOVSKY: Chromosome damage induced by benzene after the use of conventional and FISH chromosome painting. NEOPLASMA, 52, 1, p 79/84, 2005

-       JB LITTLE: Radiation induced genomic instability and bystander effects. Implications for radiation protection. RADIOPROTECTION, 37, 3, p 261/282, 2002

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