POLYGONE DE QUIRRA (SARDAIGNE): RETOUR SUR LES LIEUX DU CRIME.

F. COHEN BOULAKIA, A.BEHAR

tour contrôle polygone

tour contrôle polygone

Nos lecteurs se souviennent sans doute de la triste histoire du polygone de tir italien de QUIRRA en Sardaigne (MGN, 2, juin 2012), avec les conséquences sanitaires pour les bergers (et leurs moutons) d’une pollution aux métaux lourds avec en tête le THORIUM 232.

Un courageux procureur avait inculpé 20 hauts dirigeants concernés par cette catastrophe et avait réussi à faire de cette affaire un enjeu national. L’OTAN, locataire payant des lieux était en accusation et nos missiles “MILAN” aussi. Le dernier bilan fait état de 1180 missiles avec leur indicateur au thorium tirés de 1986 à 2004.

La suite des événements est la suivante:

-          Le 5 mai 2012, le thorium est effectivement détecté dans les différents échantillons officiellement prélevés, dans le sol, les moutons et les os des bergers décédés, avec d’autres métaux lourds, mais pas d’uranium ± appauvri.

-          Le 30 mai 2012, le sénat italien sur avis de sa commission d’enquête décide la pose d’une clôture autour du polygone de QUIRRA, un arrêt définitif des exercices de tir et la reconversion du polygone en zone de recherche de nouveaux systèmes d’armes, essentiellement des drones.

-          Le 8 novembre 2012, l’instruction du procureur pour empoisonnement collectif est suspendue eu égard au non respect des droits de la défense, et le chef d’accusation remanié et portant uniquement sur les métaux lourds.

-          En 2013, le ministre de la défense annonce avec éclat un budget de 75 millions d’euros (sur 3 ans) pour “bonifier” le site militaire, et présente cette décision comme une grande victoire pour la Sardaigne.

Il faudra bien vite déchanter: le sénateur (vert) de Sardaigne, MAURO BULGARELLI, découvre qu’en réalité le budget de “bonification” concerne 13 polygones italiens dont 3 en Sardaigne. De plus, le délai de 3 ans pour le nettoyage parait dérisoire, l’estimation pour le seul polygone de QUIRRA suppose un budget de 600 millions d’euros avec 30 ans de travaux!

Retour sur les lieux

Quirra zona milit

Quirra zona milit

En septembre 2013 nous sommes allés sur les lieux pour inspecter et tenter de faire un bilan local:

-          Nous avons constaté la mise en place d’une clôture en fer avec un grillage serré tout autour du polygone, en ménageant un chemin de ronde que nous avons emprunté (surveillé de près par les carabiniers). Au sommet de la colline, autour de la tour de contrôle, il y a bien des bâtiments protégés, avec une activité visible de l’extérieur.

-          Il n’y a pas de moutons ni de bergers dans la zone, sauf quelques chèvres en bordure du polygone.

La population, du moins celle que nous avons rencontrée, reste très concernée par le futur de QUIRRA, et elle reste très amère sur l’absence de reconnaissance des victimes sardes par l’état italien. Les efforts des autorités pour faire oublier “le syndrome de Quirra” semblent inefficaces chez les sardes. “Les droits de la défense” sont perçus ici par de simples gens vivant au sud de l’île autour de Cagliari, comme un moyen pour enterrer l’affaire et empêcher toute enquête approfondie.

Comme dans d’autres situations d’intoxication collective par déchets radioactifs (avec sa double toxicité, chimique et radiotoxique), le droit des victimes ne pèse pas lourd. Le chemin vers la justice est encore long, nos vétérans des essais nucléaires français en savent quelque chose!

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