Un danger oublié : L’état d’alerte nucléaire maximal

Juin 2009 Revue MGN, n°2, vol. 24

Etat d'alerte nucléairePar STEVEN STARR
traduction A.BEHAR

Au congrès européen de l’IPPNW à Helsinki, le sujet unique des débats fut le désarmement nucléaire. Mais la grande question posée, la seule question, était: par où commencer? Que faut-il arrêter tout de suite? Le congrès à répondu; notre prescription est, l’arrêt immédiat de l’état d’alerte maximal des forces nucléaires, surtout entre les USA et la Russie.

DE QUOI S’AGIT-IL?
Il existe aujourd’hui 2600 têtes nucléaires stratégiques capables d’être envoyés en quelques minutes, même par erreur, sur des cibles russes ou américaines pré programmées.(1)FORCES NUCLÉAIRES EN ALERTE (2 et 3)

2009 USA Nombre de missiles NOMBRES DE TÊTES NUCLÉAIRES ÉNERGIE EN Mt
Terre 464 726 206
mer 96 576 109
total 560 1302 315
2008 RUSSIE
Terre, SS18 60 600 450
SS-19 67 402 302
SS-25 181 181 100
mer 32 96 18
total 340 1279 870

UN PEU D’HISTOIRE:

De 1962 à 1965 les deux superpuissances mettent au point des fusées nucléaires balistiques intercontinentales (ICBM), avec des performances exceptionnelles capable d’atteindre leur cible en quelques minutes (et non en quelques heures par l’ancien système en avion).
Le système “d’équilibre de la terreur” en a été profondément modifié en 2 étapes:
La première, avec le caractère automatique pré programmé des envois de missiles. Cette première frappe ne laissant aucune possibilité de riposte à l’adversaire.
La deuxième en 1980, est l’installation d’une commande des forces atomiques automatique uniquement liée à un système de détection précoce d’un simple vol de missiles à partir de la partie adverse. A partir de ce “progrès” stratégique, se met en place 2 systèmes pervers:
-La deuxième frappe, en général à partir des sous-marins pour finir le travail avec des objectifs uniquement civils comme MOSCOU, NEW YORK ou PARIS. C’est sur ces bases que repose la dissuasion française avec comme cibles quasi uniquement des villes russes.
- Le système “lancement sur alerte” (launch on warning, LoW). Il s’agit de la possibilité d’envoyer ses missiles avant que l’ennemi n’attaque vos cibles en se basant uniquement sur la détection informatisée de capteurs en réseaux, bien avant les 30 minutes en moyenne des missiles adverses 4) .
Après les années 80, on a tempéré ce système en introduisant un préalable, c’est à dire l’existence au poins d’une détonation atomique.
C’est ce système qui par ses accidents fréquents, ses fausses alertes, qui a entraîné la création de l’IPPNW dont l’objectif majeur dans son offensive vers les décideurs des pays nucléaires, était la prise en compte d’un nouveau concept: “la guerre nucléaire accidentelle”.
C’est à cause de la nette augmentation de la fréquence, comme l’origine multiple des fausses alertes, que l’URSS et les USA vont tenter d’éviter cette guerre accidentelle par des procédures très sophistiquées et surtout l’arrêt de la course insensée au surarmement nucléaire.
Mais la capacité LoW est restée intacte ( c’est ce que l’on définit en France par le concept: “ne pas baisser la garde”) , et même elle s’est renforcée par la décision de BUSH d’annuler le traité IBM, confirmée en 2007 par le général EUGENE HABIGER (5 ) qui déclare:
“L’état naturel des ICBM est celui de l’alerte, avec leurs têtes nucléaires armées et tout le dispositif technique pour leur envoi”. C’est cette situation qui explique aussi le refus de la Russie et des USA d’accepter l’interdiction de l’utilisation des armes nucléaires en première intension (le fameux “first use”)

LE RISQUE DE GUERRE NUCLÉAIRE, RÉALITÉ ET FICTION:

Le débat n’a pas cessé de faire rage autour de ce risque nié par les états nucléaires au seul argument qu’il relève, disent-ils, de la fiction.
Et pourtant, le 24 janvier 1995, un missile climatique norvégien (non signalé au préalable , il est vrai) est identifié par erreur par le système de détection russe comme un missile nucléaire hostile. Le système LoW se met en route, et la planète n’a dû sa survie qu’à un éclair de lucidité du Président YELSINE qui a estimé improbable une attaque nucléaire en plein dégel politique. Si cet accident avait eu lien en pleine guerre froide, plus personne ne serait là pour en témoigner!. Même si le secret continu de régner sur ces questions, on sait qu’il existe maintenant une échelle d’évaluation pour les erreurs humaines et pour les erreurs de jugement. Il en est de même pour les actes malveillants délibérés d’individus ou d’états et la possible immixtion dans le système LoW de type terroriste. Rappelons ici que l’intrusion d’un virus simulant une fausse attaque peut suffire, de même l’utilisation non contrôlée des codes secrets ou plus simplement le détournement d’un sous-marin nucléaire.
Nous sommes donc aujourd’hui encore sous la menace d’une guerre nucléaire involontaire directement liée a cet état d’alerte atomique maximal et au système automatisé du lancement des missiles sur alerte, LoW.

LES CONSEQUENCES PREVISIBLES D’UNE GUERRE ACCIDENTELLE LIÉE A L’ALERTE MAXIMALE ACTUELLE COUPLÉE A LoW.

Nous avons, comme scientifique, une grande habitude de la construction de scénario, comme celui que développe IRA HALFAND dans ce numéro, à partir d’une guerre atomique localisée régionale entre l’Inde et le Pakistan, avec une charge échangée de seulement 100 fois celle d’HIROSHIMA. L’idée est de tirer toutes les conséquences possible du modèle, au delà de l’effet de souffle destructeur, de l’effet de chaleur et de la radioactivité.Etat d'alerte nucléaire
Mais en cas de guerre accidentelle liée au système d’alerte actuel, l’échange automatique de missiles entre les 2 grands pays (Russe et américain) va bien au-delà des effets du scénario local. Il s’agit ici de 1200 Mt de part et d’autre, même si la totalité des missiles n’est pas utilisée, les conséquences prévisibles pour la planète, sont d’une autre dimension .
L’élément nouveau (7) est la mise à disposition du modèle climatique de la NASA pour nos collègues climatologues et spécialistes de “l’hiver nucléaire”. Ce modèle quantifie aussi la quantité de fumée supplémentaire produites par les incendies des installations humaines et des forets. On peut avoir ainsi une échelle des conséquences climatiques pour 50 tonnes jusqu’à 150 millions de tonnes de fumée injectée dans la stratosphère. (voir la figure ci-dessous)
Nous connaissions déjà ce que représente l’hiver nucléaire (8) mais on sait maintenant calculer les conséquences sur l’hémisphère nord puis l’hémisphère sud, sur les cultures vivrières,le régime des pluies et on peut quantifier la quasi disparition de la couche d’ozone.
Il reste en plus, comme dans le modèle ancien les retombées radioactives mais on peut aussi évaluer l’importance des retombées toxiques liées à la destruction des complexes chimiques.
NOTRE PRESCRIPTION MEDICALE: DÉCRETER MAINTENANT LA FIN DE L’ALERTE NUCLÉAIRE.
C’est toujours le souhait de 136 pays à l’ONU qui ont voté cette fin de l’alerte atomique maximale à la demande de la Suède, la Suisse, le Chili la Nouvelle Zélande et le Nigeria. Mais 3 pays ont voté contre; les USA, la Grande Bretagne et la France.
Il y a une réelle possibilité pour que américainS et russes fassent cesser ce danger mortel absurde, et une réelle possibilité que l’Angleterre accepte à son tour la fin de l’alerte. Il reste à convaincre la France qui freine des quatre fers et s’oppose à toute velléité de désarmement nucléaire. Cela nous concerne au premier chef car cela relève d’abord de notre responsabilité. C’est pour mobiliser notre peuple que l’AMFPGN s’engage totalement dans la préparation des JDN de Caen, étape actuelle pour que notre pays rejoigne les autres dans la marche vers la fin du cauchemar atomique.

BIBLIOGRAPHIE
1- Steven Starr, High alert nuclear weapons, the forgotten danger. SGR newsletter, 2008,N°36
2- Norrris R Kristensen H, US nuclear forces, Bull. At.Scient. 64,2, may/june 2008
3- Norris R Kristiensen H, Russian nuclear forces, Bull. At. Scient. 64,2, may 2008
4- Blair B The logic of accidental nuclear war, The brookings institution p 274 1993
5- Pincus W, ICBM crews’work largely unchanged since the cold warA13 Nov 23, 2007
6- Webber P, Could one trident submarine cause nuclear winter? SGR newsletter 35,2008
7- Robock A, Toon O et al,The continuing environmental threat of nuclear weapons, EOS,88, 21,p231,2007
8- Robock A, Oman L, Stenchikov GL, L’hiver nucléaire revisité,MGN, 24, 4, 2007

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